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Nunnally [version gamma]
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Evalone
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PostPosted: Thu 28 Sep 2017, 22:58    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

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~ NUNNALLY ~


Vous allez peut-être vous demander ce que je fais, vu que j'ai mis une histoire du même nom dans les archives il n'y a pas très longtemps. Enfin, pour ceux qui ont un peu suivis l'affaire ^^ La raison est toute simple : j'ai fini la version beta de cette histoire, qui avait démarré le 8 mai 2016. Certains l'auront peut-être remarqué ou compris, mais je n'étais pas satisfaite de la façon dont l'histoire a tournée, ou même de la tournure de l'histoire dans sa globalité. Mais j'ai une bonne nouvelle pour vous ! Je suis en train de m'attaquer à une réécriture profonde de l'histoire. Soyez cependant rassurés : les personnages que vous avez appris à aimer seront toujours là, même si je ne vous cacherais pas qu'ils auront subis quelques petits changements. Je ne peux cependant pas vous promettre d'être aussi régulière que par le passé : tout d'abord, car je compte prendre mon temps cette fois, et ne pas m'imposer de quotas de chapitres par tomes ou par parties. Cela n'a fait que m'enfermer, et je n'ai pas pu explorer certains sujets que je trouvais intéressants. Autre raison : les cours. La fac a reprit pour moi, et j'ai déjà prévenu d'une baisse d'activité concernant le rp, et ça se répercutera également sur mon activité globale.

Bref, cette petite introduction étant faite, j'espère que si cette histoire attire de nouveaux lecteurs, vous apprécierez cette petite histoire qui me tient grandement à coeur, et que je donnerais satisfaction aux anciens :3 D'ailleurs, si vous avez des commentaires à faire sur la fin que vous n'avez pas pu poster car l'ancien sujet a été verrouillé, n'hésitez pas, mais si ça concerne la fin, mettez-le peut-être en spoiler ;)


~ RESUME ~


Je m'appelle Alexandre Brémont, et j'aurais pu vous raconter une histoire tout à fait banale d'élève de lycée de terminal S, galérant pour garder la tête hors de l'eau. Et quelque part, cette description n'est pas forcément mauvaise, mais elle omet un détail plutôt important : je n'ai plus été considéré comme un élève banal depuis la mort de mon frère jumeau. Je ne saurais pas vous décrire ce que l'on ressent quand la chose la plus importante à vos yeux disparait sans que vous ne puissiez concrètement faire quelque chose. Mais je n'ai plus jamais été le même depuis, ni ceux qui m'entourent. Et surtout pas Matt et Alice, qui étaient plus proches de lui que de quiconque. J'aurais pu vous raconter l'histoire d'un jeune garçon tentant tant bien que mal de se reconstruire, cherchant à faire de ses faiblesses une force surpuissante. Mais ceci est l'histoire d'une autre personne. La seule chose dont je peux être sûr, c'est que je ne m'attendais pas à découvrir un nouveau monde simplement en fermant les yeux. Quel est le but de mon arrivée dans Nunnally ? En quoi pourrais-je être d'une quelconque utilité aux habitants ? C'est quelque chose qu'il me faudra découvrir par moi-même. Et grâce à ce voyage, j'aurais également la possibilité d'en apprendre plus sur ce que je suis, et ce que j'étais. Et d'en apprendre bien plus sur Nathan que ce que je n'aurais pu croire.


~ LISTE ~


TOME 1 : REGRET [En cours]




La mince frontière qui sépare le rêve de la réalité peut être infiniment plus dure à percevoir qu’on ne pourrait le croire. Parfois, tout nous paraît tellement vivant que l’on se met à douter, et que l’on essaye de se réveiller.  Mais le plus intriguant reste quand l’on ne parvient pas à retourner au monde duquel nous sommes persuadés d’appartenir. Et dès lors, on finit par se demander si ce que l’on croyait être vrai depuis tant d’années n’était pas en fait qu’une sombre mascarade, opérée par un esprit malade. Et tandis que la peur et l’incompréhension prennent racines dans notre cœur, nous sommes plus à même de nous laisser bercer par les illusions qui nous entourent. Et il arrive malheureusement que, parfois, il soit bien plus difficile que prévu de sortir de ce songe qui nous apporte tant de réconfort.

***


- Alexandre, tu es parfois très effrayant.

Tu relèves la tête à cette remarque, toisant le jeune garçon qui se tient devant toi avec curiosité. Celui-ci te rend ton regard, ses yeux verts dissimulant mal son trouble.

- Je ne sais pas comment dire…mais tu as parfois l’air beaucoup trop ailleurs.

Il semble mal à l’aise, comme si te dire à voix haute ce qu’il pense l’effrayait. Comme s’il craignait que tu ne comprennes pas, que tu n’acceptes pas. Car tu es parfois beaucoup trop imprévisible.

- Je n’aime pas ces choses sur lesquelles on me demande de me concentrer. Elles sont trop ennuyantes, et beaucoup trop logiques. Ca ne m’intéresse pas. Ca me donne mal à la tête.

Non, tu n’aimes pas que l’on te dise ce qu’il est juste de penser, et ce qu’il ne faudrait pas croire. Ta vision des choses est si différente de celle des autres que vous ne parvenez pas à vous comprendre. Ce que tu vois autour de toi, ce n’est qu’un monde gris et terne, sans intérêt. Mais dès que tu fermes les yeux, tout reprend une couleur beaucoup plus belle.

- Je préfère quand je peux voir Nunnally.

Un petit cri surpris s’élève dans la pièce alors que tu as fermé les yeux, et tu les rouvres avec un semblant d’agacement. L’expression de ton frère est passée d’inquiète à alarmée. Tu sais déjà ce qu’il va dire, et lui de même. Mais plus le temps passe, et plus il ressent le besoin d’exprimer ses pensées de cette manière. Alors que tu préfères le calme des non-dits.

- Tu ne dois pas dire ça ! Tu sais très bien qu’il ne faut pas dire ça. Sinon, tu te feras encore gronder ! Et je ne veux pas…

C’est une tristesse profonde qui te submerge alors, tandis que ce lien si fort qui vous unit se manifeste à nouveau. Vous êtes capables de vous comprendre d’un simple regard, d’un simple geste, et les autres pensent que ce n’est qu’un jeu d’enfant. Mais c’est bien plus complexe que cela, et tu détestes quand on vous traite comme des idiots.

- Si tu n’en parles plus, ils ne se fâcheront plus…

Sa peur n’est pas dirigée vers lui, mais vers toi. Car il sait à quel point vos parents peuvent mal réagir à ce genre d’échanges, et de quelle manière ils refusent de t’entendre en dire plus. Toi non plus, tu ne veux pas que cela recommence une nouvelle fois, car tu n’aimes pas avoir mal. Mais tu ne peux pas non plus oublier Nunnally. Et pourtant, tu as déjà, parce qu’il te l’a demandé. Pour ton bien.

- Tu n’es pas obligé de leur dire. S’ils ne savent rien, ils ne feront rien.

Sur ces paroles, tu l’as pris dans tes bras, et tu l’as serré contre toi. Tu peux le sentir se détendre, alors que des larmes commencent à couler de ses joues. Cela fait longtemps que tu n’as plus pleuré. A vrai dire, tu ne sais même plus si tu as déjà pleuré. On t’assure que oui, mais tu n’y crois pas vraiment. Tu n’arrives pas à comprendre pourquoi les gens sont aussi tristes, ni même pourquoi tu devrais être comme eux.

- Je vais bien, tu devrais être rassuré non ?

Tu le sens hocher légèrement la tête sans te répondre. Il est rassuré, mais ça ne durera pas. Il passe son temps à s’inquiéter pour toi, bien plus que pour lui-même. Et tu ne comprends pas. Toi aussi tu t’inquiètes, mais tu n’as pas peur de tes parents. Tu sais qu’ils ne peuvent pas tout faire. La seule chose qui te retient de leur tenir vraiment tête, c’est cet infime doute qu’ils ne décident de s’en prendre à Nathan.

- Je n’aime pas quand tu parles comme ça. Parce que je sais que tu ne feras pas attention.

Il a raison, et tu en as conscience. Mais c’est quelque chose dont tu es incapable. Tous ces concepts régissant ta vie, tu ne les comprends pas. Tu voudrais pouvoir faire ce que tu veux, quand tu veux, sans que personne ne vienne te gronder par derrière. Et surtout, tu ne comprends pas pourquoi vous devriez percevoir le monde de manière si différente. Tu aimerais tant pouvoir lui montrer tout ce que les autres ne voient pas, pour qu’il arrête de s’inquiéter.

- Nunnally est à nous, personne ne pourra nous le prendre.

Cette réplique sorte sans vraiment que tu y fasses attention. Mais elle vient du cœur, et est très significative. Nathan sait pour Nunnally, il sait à quel point elle est importante pour toi. Parce qu’il la voir aussi, même s’il fait comme si. A deux, ils auraient le pouvoir de leur prouver que ce n’est pas qu’un jeu, et que ce n’est pas stupide. Mais Nathan ne veut pas. Parce qu’il est beaucoup plus sensible que toi, et qu’être différent des autres le blesse profondément. Et ça, c’est quelque chose que tu ne comprends pas. Parce que sans Nunnally, tu ne serais pas là.

- Je préfèrerais que Nunnally disparaisse. Ca ferait moins mal.

Sans doute que oui. Peut-être que non. Personne ne sait, car personne ne veut chercher. On se contente de les regarder bizarrement, et quand tu lèves ton visage inexpressif vers eux, ils reculent d’un pas, comme s’ils avaient peur. Tu es le plus grand, et tu es celui que tout le monde évite. Et ça te va bien comme ça. Tu n’aimes pas quand les gens sont trop proches de toi. Ils sont trop différents.

- Mais Nunnally ne peut pas disparaître.

Tu feras en sorte que ça n’arrive jamais. Parce que personne n’a le droit de faire du mal à Nunnally. Sinon, quelque chose de très grave se produira. Tu ne sais pas quoi, mais tu en es certain. Parce que tu sais tout de Nunnally. Même le moyen de la faire disparaître.

- Car Nunnally est en nous.



PARTIE 1 : COMMENCEMENT [Finie]





Je ne mourais jamais, tant que tu garderas mon souvenir en mémoire.

J’ouvre difficilement les yeux à ces paroles, observant sans vraiment le voir le plafond de ma chambre. Il est tellement plus facile de prodiguer des conseils aux autres que de se les appliquer à soi-même. C’est une leçon que j’ai compris depuis longtemps.

Car tant que le cœur de l’un d’entre nous battra, les jours où nous étions encore des enfants ne disparaitront jamais.

Sans doute. Mais il est plus difficile que tu ne le penses de faire fonctionner un corps entier avec seulement la moitié d’un cœur. C’est épuisant, et extrêmement lassant. Si tu étais là, les choses seraient beaucoup plus faciles. Beaucoup plus supportables. Sauf que tu n’es plus là. Pa ma faute.

Tu as changé, beaucoup au cours des dernières années. Mais tu restes mon frère. Et je te pardonnerais tout, quitte à me mettre les autres dos. Car ils sont incapables de comprendre, ou même d’accepter, l’attachement que je ressens pour toi.

Je pousse un soupir à cette phrase, avant de me redresser. Je suis mal réveillé, et il me faut plusieurs minutes pour comprendre exactement quel jour nous sommes, et ce qui m’attend. Chaque jour, il s’agit de la même rengaine : se lever, faire semblant d’aller bien, écouter les cours que nous ont préparés nos divers professeurs, donner le change aux quelques personnes qui acceptent encore de m’adresser la parole, rentrer, étudier, se coucher…Tout cela sans le moindre changement, comme si je revivais sans cesse la même journée en boucle. Je pense que j’aurais préféré que ce soit celle de ta mort qui se déroule devant mes yeux. Cela aurait été moins monotone.

- N’oublies pas de rentrer tôt, il faut quelqu’un pour pouvoir garder la maison, me rappela ma mère alors que je finissais de manger les deux tranches de pain que j’avais en main.

Je ne mangeais jamais vraiment beaucoup, me contentant de ce que l’on me servait sans chercher à faire la fine bouche. Avec le temps, toutes les nourritures avaient fini par se ressembler, n’ayant plus de goût propre qui pourrait me faire préférer l’une à l’autre. C’était plus un réflexe qu’un moment agréable : je faisais ce qu’il fallait pour tenir la journée, et rien de plus. Tout était fade et inutile, et j’aurais de loin aimé ne pas avoir à perdre du temps à me nourrir. Temps que je n’aurais, de toute manière, pas su comment utiliser.

- Que l’on n’apprenne pas que tu t’es amusé avec des idiots au lieu de travailler. Tu sais que le temps est précieux, et qu’il ne faut pas le gaspiller.

Oui, j’avais fini par le comprendre avec le temps. Les quelques marques que je portais aux bras étaient là pour me le rappeler. Elles ne disparaitraient plus maintenant, mais ce n’était pas bien grave. Au final, leur signification m’importait peu, de même que leur présence. Nathan n’était plus là pour s’en inquiéter, alors je n’avais plus à faire semblant. C’était aussi simple que cela. De toute façon, personne n’aurait décemment daigné m’inviter à rejoindre son groupe d’amis, et ça m’allait très bien comme ça. J’étais plus à l’aise seul que d’écouter des personnes qui m’adressaient tout juste un regard pour la forme parler de groupes de musiques ou de jeux qui ne m’intéressaient pas. Je n’étais plus obligé de faire semblant, maintenant.

- N’oubliez pas que cette formule est à noter précieusement dans votre cours, et qu’elle sera sûre de retomber le jour de l’examen.

Comme toutes celles que vous nous présentez depuis le début de l’année, monsieur le professeur de maths. C’était bien simple : tout ce qui était dit en cours devait être replacé sur la copie, peu importe la matière. Mes feuilles se remplissaient petit à petit de lettres et de chiffres qui n’avaient pour moi aucun sens réel, à part celui d’un cours obligatoire. Et je pouvais sans hésitation dire qu’il en était de même pour le reste de la classe. Cette matière était présentée comme la plus importante du cursus de Terminale S, mais elle était également la plus inutile en vie quotidienne, et la plus vide. Même si, à mon sens, il en allait de même pour le reste des cours.

- Maintenant, nous allons passer au cours sur les complexes. Hormis le domaine des réels, qui regroupe, comme vous le savez, toutes les autres catégories de nombres que nous avons déjà manipulés, il existe un espace plus vaste encore, et plus intéressant à explorer.

Des faits posés comme ceci devant notre classe, sans plus d’explications sur le pourquoi du comment. Simplement des définitions, des propriétés et autres méthodologie pour s’assurer de remplir les heures laissés à notre disposition sur l’emploi du temps, et sur l’examen de fin de session. Il réelle perte de temps, qu’acceptait sans broncher le moindre élève de cette filière. Au final, nous étions pleinement partisans de notre ennui collectif, mais personne n’oserait l’avouer.

- Oui, tu comprends, ce prof est complètement à la masse ! Il croit véritablement que quelqu’un en a quelque chose à faire de savoir si l’art est forcément engagé politiquement, ou s’il peut exister une véritable forme d’art abstrait. Décidément, c’est une honte d’avoir un prof comme ça !

Et pourtant, tu es le premier à venir en classe, et à t’asseoir bien sagement au premier rang en faisant mine d’écouter son cours. Je n’aime pas l’hypocrisie, c’est bien l’une des rares choses qui peut me faire réagir. Et même si je ne mêle jamais aux débats, j’aimerais juste qu’ils se taisent tous à se plaindre de leur petite vie où leur seule préoccupation est de savoir si nous aurons cours d’espagnol demain ou pas. Je ne supporte pas tous ces gens qui m’entourent et qui pensent que leur avis est supérieur à celui des autres. Mais je ne dis rien, car je n’ai finalement rien à dire. Et personne ne serait de toute façon là pour m’écouter.

- Quand je pense que j’aurais pu rentrer en moto ce soir…je hais mes parents, ils avaient pas le droit de me faire ça ! 8 en sport, c’est pas la mort quoi ! A croire qu’ils préfèrent faire voir leur fils bien aimé souffrir dans son coin. Déjà que cette journée était merdique…

Non, ce sont simplement des adultes conscients que, si tu veux réussir, tu devrais justement de concentrer un peu moins sur les soirées organisées par tes pots, et te concentrer un minimum sur les devoirs à rendre. Le bus est un véritablement enfer, car on y trouve les pires pouffes du lycée, incapable de se pousser pour laisser passer un personne âgée. Le genre de personnes qui portent du vert fluo uniquement dans l’espoir de se faire remarquer, quitte à écoper de son troisième avertissement. En voilà une que j’enverrais bien à travers un trou noir pour qu’elle ne revienne jamais, ou soit prise dans la plus vicieuse des boucles temporelles. Un peu comme moi.

- C’est pas possible, mon mec me flique, t’as pas idée ! Toujours à me demander où je vais, avec qui, pendant combien de temps…Franchement, je pense que je vais le larguer. On est ensemble depuis un mois, je pense que c’est une bonne période d’essai.

Je ne sais plus où poser mon regard, et quelles conversations éviter. Tous ces gens que je côtoye ne font qu’aborder des sujets inutiles, qui ne trouve jamais de réponses concrètes. Je sais que je ne suis pas le mieux placé pour parler, mais je suis fatigué de me forcer à comprendre toutes ces choses qui leur passent par la tête. Je ne suis pas comme ça, et je n’y peux décemment rien. Et ce n’est pas en me demandant de faire des efforts que cela changera. Je suis moi, parce que je ne suis pas Nathan.

- Alors, qu’as-tu appris d’intéressant aujourd’hui ? me demande mon père alors que nous sommes en train de manger.

Toujours les mêmes questions insipides, uniquement là pour donner l’illusion que nous sommes toujours une famille. Si nous l’avons déjà été un jour, bien évidemment. Ils ont beau montrer leur visage de façade devant les autres, certains ne sont pas dupes. Je ne l’ai jamais été. Je pense à des choses qu’ils ne comprennent pas. J’aborde le monde d’une manière trop différente pour ceux qui m’entourent. Et personne n’a jamais cherché à véritablement comprendre. On s’est contenté de me catégoriser comme fou, et de me cacher aux yeux du reste du monde. Ca aurait pu marcher longtemps sûrement, toute ma vie peut-être. Sauf qu’ils ont perdu le mauvais fils. Et qu’ils devaient se contenter de celui qui restait.

- Que les mathématiques sont la matière la plus importante de mon cursus, me contentais-je de répondre.

Je le vois esquisser un léger sourire, mais je sais pertinemment ce qu’il a en tête. Tout comme ma mère, qui ne perd pas son temps à faire semblant, elle. Peut-être que je lui ressemble, quelque part. Ou peut-être pas. Cela n’a plus la moindre importance. Je ne me suis jamais sentit aussi vide que lors des derniers jours. Tu me manque affreusement.

Je serais toujours avec toi, même si tu ne me vois pas.

J’aurais beaucoup aimé que ce soit vrai. Réellement. Mais tu n’es plus là, ça ne sert à rien de prétendre le contraire. Les jours passent et se ressemblent, se répétant avec une obstination lasse. Je subis tout cela, sans me plaindre ou répliquer. Car je sais pertinemment que les choses ne changeront pas. Elles ne sont pas destinées à changer. Et je continue de donner l’impression que je suis vivant, comme si, à force de le penser, je finissais par y croire. Mais fatalement, c’est une nouvelle journée qui commence. Sans la moindre surprise pour me permettre de les différencier.




Les deux seules personnes qui peuvent encore se vanter de m’atteindre sont très différentes l’une de l’autre. Le premier est un garçon d’un an mon aîné, qui vénérait Nathan. Il était tout pour lui : un meilleur ami, un confident…sans doute plus encore. Et il ne m’a jamais aimé. J’aimerais dire que c’est réciproque, mais je ne suis pas certain d’avoir déjà ressenti quelque chose de sincère envers quelqu’un qui ne soit pas lui. Quant à la deuxième, c’est une fille que nous connaissions depuis notre enfance, et qui l’aimait d’un amour sincère. Qui n’a cependant jamais pu être reconnu ou accepté. Et je reste persuadé qu’elle m’en veut pour cela, sans jamais oser le montrer. Ce sont des êtres très différents, que j’ai côtoyé pendant longtemps quand il était encore là. Parce qu’il ne me laissait aller nulle part seul. Il voulait toujours pouvoir garder un œil. Ce que je n’ai jamais comprit.

- Ils vont bientôt donner leur spectacle ! s’exclama une fille de seconde. Ca va être splendide. Il paraît que c’est la répétition générale dans quelques jours.

Alice a toujours aimé se mettre en scène, sans pour autant que cela ne paraisse provocateur. Toute petite déjà, elle adorait se déguiser et s’imaginer dans la peau d’un autre. A force de constamment porter un masque pour satisfaire les autres, je me demande si elle possède encore un visage qui lui est propre. On dit d’elle qu’elle est douée, mais ça ne m’a jamais vraiment intéressé. Pour moi, tout cela n’est plus factice que la comédie à laquelle j’assiste quotidiennement.

- Il paraît qu’il a encore été pris dans une bagarre, chuchota un élève d’une voix légèrement apeurée. Il fait peur, c’est bien quelqu’un dont je ne m’approcherais pas.

Matt, quant à lui, a toujours été de nature hostile et agressive, comme s’il considérait le monde environnant comme son ennemi. Ainsi, il s’est souvent retrouvé mêlé à des règlements de compte entre élèves, et ce depuis bien avant de rencontrer mon frère. Je ne sais pas vraiment ce que ce dernier lui a trouvé, d’ailleurs. Il a tenté de m’expliquer, une fois. Qu’il avait l’impression de se reconnaître en lui, et qu’il le fascinait. Car il était capable d’exprimer toute sa colère et son mal être au monde sans se sentir obligé de faire bonne figure. Nathan, lui, ne s’est jamais énervé. S’il n’avait pas été aussi calme, je doute que nos parents aient été aussi gentils avec lui.

- J’espère qu’il ne sera pas là aujourd’hui, il me file la trouille avec son visage inexpressif. Franchement, il est trop flippant.

Quant à cette description, elle est pour moi. Chaque année, les élèves se surprennent à remarquer ma présence en début d’année, mais détournent bien vite le regard. Pas envie d’avoir affaire à l’anomalie ambulante de ce lycée. Ce genre de remarques ne me dérange pas, quand bien même je ne peux pas les ignorer. Simplement, elles ne me touchent plus du temps. Nathan m’a appris à ne plus faire attention aux regards des autres, et de simplement agir naturellement. Ce qui est déjà un bien grand mot en soi. Mais depuis qu’il n’est plus là, tout est devenu bien plus facile de ce côté-là.

- Tu sais ce qu’on raconte, il a perdu son frère jumeau l’année dernière. C’est sûrement pour ça.

Tous ces gens qui ne me connaissent pas pensent pouvoir expliquer mon attitude avec des raisons aussi simples. Oui, Nathan est mort il y a moins d’un an, et cela m’a grandement perturbé. Mais j’ai toujours été ainsi. L’enfant qui ne décoche pas un sourire, toujours déconnecté du monde, beaucoup trop buté pour pouvoir être éduqué, et j’en passe. C’est toujours la même rengaine, et ça en deviendrait presque fatiguant. Je n’ai pas désiré naître ainsi, c’est uniquement ce que je suis. Et le seul qui parvenait à l’accepter n’est plus là aujourd’hui. Je me retrouve seul avec mes questions sans réponses.

- Oh, Alex…je ne m’attendais pas…à te croiser ici…

Alice se tient devant moi, un air embarrassée sur le visage. Non, elle ne s’attendait pas à me croiser, et ne le voulait surtout pas. Elle était aussi hypocrite que les autres, à jouer la petite fille gentille et naïve, juste pour qu’on la prenne un peu plus en pitié. Tout ça dans son propre intérêt, afin de me discréditer davantage aux yeux des nouveaux. Certains avaient tenté de m’approcher, de me parler, mais ils avaient vite déguerpis comme si de rien n’était. Les rumeurs sur mon compte étaient légions, mais je n’y prenais plus garde. Je connaissais la vérité, c’était le plus important. Personne ne m’avait jamais cru de toute façon.

- Tu n’es pas si bonne actrice qu’on le dit, Alice, lâchais-je alors. Ne te force pas à être compatissante envers moi, tu te fais du mal.

Un éclair de surprise passa dans son regard, avant qu’elle ne se compose un visage beaucoup plus neutre. Aux vues de ses traits, je pouvais même y lire une certaine rancœur, et de la colère mal dissimulée. Je faisais parti de ce genre de personnes capables de lire dans le regard des autres, sans avoir besoin de grands discours. Ils étaient faciles à déchiffrer, puisque tous conçus sur le même modèle, et employant les mêmes tactiques pour se protéger. Sans avoir pris conscience que c’était parfaitement inutile.

- Pourquoi es-tu encore là, après tout ce que tu as fait ? Tu ne crois pas qu’on souffre déjà suffisamment sans être obligé de te voir te promener dans les couloirs comme un fantôme.

Mon regard ne se déroba pas au sien, la rendant sans doute encore plus à l’aise. On gagnait l’ascendant sur une personne à partir du moment où on prenait la domination dans la discussion. Et Alice ne me faisait absolument pas peur. Je savais ce qu’elle pensait, comme tous les autres.

- Ce n’est pas parce que tu t’es faite jetée que c’est à moi d’en subir les conséquences. Puisque tu ne sembles pas avoir compris, c’est le principe des jumeaux d’être semblables physiquement.

A ma pique, je la vis rougir un peu, sans doute offusquée par ce que je sous-entendais. Nathan ne l’aimait pas, et il lui avait fait comprendre. Il a fait un choix entre moi, et son affection pour elle. Et je n’en retire pas la moindre arrogance. C’est juste un fait, indéniable et incontestable. Mais c’est justement cela qu’elle n’est pas capable d’accepter. Elle n’était pas sa préférée.

- Heureusement qu’il n’était pas aussi infecte que toi ! s’écria t-elle alors, la voix tremblante.

Non, puisque nous étions différents. Ce genre de remarques me paraissait bien étrange : pourquoi les gens se persuadaient-ils que des jumeaux devaient forcément être identiques en tout point ? Si nous avions pu l’être, ça aurait arrangé beaucoup de monde. Pas besoin de faire face aux caprices d’un enfant instable qui ne vous écoute pas, n’est-ce pas ?

- Depuis le temps, tu aurais dû comprendre que ce n’est pas ce genre de paroles qui me fera changer. Il ne vous a pas choisit car vous ne lui étiez pas indispensables. Faîtes votre deuil, et vous souffrirez moins.

A peine eus-je finit de parler que je sentis une violente douleur me traverser la mâchoire. Ma tête heurta violement le mur qui se trouvait derrière moi, avant que je ne m’y laisse glisser. Quoi encore ? Ca aussi, c’était trop dur à entendre pour cet idiot ? Décidément, j’aurais presque préféré mourir pour ne pas avoir à subir ce genre de stupidité. Sortit de nulle part, Matt se tenait là, devant moi, le poing serré.

- Comment tu peux oser sortir ce genre de phrases sans tressaillir ? me cracha t-il avec colère.

Derrière lui, je pus discerner une lueur triomphale dans le regard d’Alice. Que je lui ressemble physiquement la dérangeait terriblement, mais que ce même visage se fasse endommager de la sorte la rendait satisfaite ? Imbécile. Me tenant la joue, je posais alors mon regard sur Matt, qui semblait peiner pour se contenir. Amusant, il aurait presque pu être crédible.

- C’est un fait, en quoi cela vous dérange t-il autant ? Nathan est mort, fin de l’histoire. Qu’attendez-vous de moi au juste ?

Matt écarquilla légèrement les yeux, mais ne réattaqua pas. Il ne le pouvait tout simplement pas. Pas alors que je lui ressemblais comme deux gouttes d’eau : mêmes yeux, même coiffure, mêmes proportions…Si je n’étais pas comme ça, j’aurais pu être un Nathan de remplaçant. Ce que je n’avais jamais eu envie d’être. Nathan était mort, point.

- Ce qu’on attend ? Ce qu’on attend ?! Comment peux-tu être aussi insensible à la situation ? Tu as toujours été à côté de la plaque, mais ça ne s’excuse même plus à ce niveau-là !

Je me contentais de cligner des yeux, attendant une autre réplique qui ne vint pas. Donc, il avait dit tout ce qu’il avait à dire. Parfait. Cette conversation commençait à me donner mal au crâne, puisqu’elle ne mènerait de toute manière absolument à rien. Ils étaient persuadés d’avoir raison me concernant, de toute savoir sur moi, et n’en démordrait pas. Soit. Je n’avais donc plus rien à faire ici.

- Je n’ai jamais compris comment Nathan pouvait supporter votre présence, lâchais-je en les toisant du regard, me relevant pour m’appuyer contre le mur. Mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il a fait un choix avant sa mort, qui ne changera pas simplement parce que vous êtes contres. On n’est pas obliger de pleurer pour être malheureux. Le jour où vous comprendrez que je ne peux pas m’exprimer comme vous, peut-être que vous vous calmerez. En attendant, vous me donnez simplement l’impression d’être pitoyables.

Je ramassais mon sac, tombé lors du coup de Matt, avant de les contourner sans rien ajouter de plus. Ils semblaient trop abasourdis pour réagir, ou pour tenter de discuter une nouvelle fois. Il ne fallait pas chercher à aller plus loin avec moi, je n’étais tout simplement pas capable de certaines choses. Et cela me convenait parfaitement. Je n’avais jamais rien était d’autre, je ne pouvais donc pas désirer être chose. Et si c’était pour devenir comme ces deux-là, je préférais encore être isolé dans un coin.




Dès lors que vous acceptez que les remarques que pourront vous faire les autres ne vous touchent plus, tout devient beaucoup plus facile. Car subir les moqueries d’inconnus, c’est une chose. Se laisser dominer par ses proches, s’en est une autre. Pour éviter cela, on essaye de se comporter en bon petit garçon obéissant. Et quand ça ne marche pas, on finit par se détacher de ses émotions. Car si on ne ressent plus rien, on ne peut pas être blessé.

Mais si tu ne ressens plus rien…est-ce que tu es encore humain ?

Ce genre de questions ne m’a jamais intéressé. Je ne comprenais pas pourquoi certains perdaient leur temps avec de telles considérations. Je ne voyais pas ce que cela changerait à la vie que j’avais alors. Tandis que Nathan, de son côté, semblait toujours vouloir en savoir plus, comme s’il cherchait une réponse concrète à tout ce qui nous arrivait. Alors qu’il n’y en avait aucune.

- Alexandre, nous avons à te parler.

La voix de mon père me parut encore plus lointaine qu’à l’accoutumée. Ce n’était donc pas pour quelque chose de positif. Soit, ça ne changerait pas vraiment des autres jours. Et derrière cette demande, c’était un ordre qui se cachait, et je n’étais pas autorisé à répliquer. Me levant donc de ma chaise, je rejoignis mes parents dans le salon. Ils étaient tous les debout, et mon père me fit signe de m’asseoir. Le rapport de domination était donc établi.

- Tu peux m’expliquer à quoi tu joues ? me demanda t-il en croisant les bras. Réponds.

Je l’observais sans ciller, ne craignant plus une colère que je ne connaissais que trop bien. Il attendait une réponse, mais j’ignorais à quel sujet. De quoi était-on encore venu se plaindre, cette fois ? Je n’étais pas devin, je ne pouvais pas deviner seul.

- Si j’ignore de quel sujet tu parles, je ne serais as en mesure de te répondre.

Ma voix était calme, dénuée de la moindre trace d’arrogance ou de défi. Ce n’était pas le genre d’émotions que je parvenais à comprendre. Je me contentais d’évoquer des faits, rien de plus. Ce qui avait toujours le don de l’agacer.

- Ne joues pas au petit gars innocent avec moi. Pourquoi as-tu parlé avec Matt et Alice ?

Oh, son inquiétude venait donc de là ? Parce que j’avais osé adresser la parole aux anciens amis de Nathan. Décidément, tous semblaient décidés à se concentrer sur des sujets futiles cette semaine. Encore plus que d’habitude. Qui était venu parler ? Matt ? Alice ? Les deux ? Leurs parents ? Il ne fallait pas s’approcher du garçon bizarre qui ne disait jamais rien.

- C’est Alice qui m’a abordée en premier. Je n’ai fait que lui répondre. Puis Matt est intervenu ensuite. Je les dérangeais.

Ma mère poussa un soupir agacé, avant de s’asseoir dans l’un des fauteuils qui composait la pièce. Elle n’appréciait visiblement pas ma réponse, ou cherchait un moyen de réagir à mes paroles. J’aurais aimé lui souhaiter bon courage, mais je n’en avais aucune envie.

- Evidemment que tu les déranges, gronda mon père. Tu crois que c’est facile pour eux de se dire que Nathan est mort, alors que toi, tu es toujours là ? Tu ne veux pas être compatissant un peu ?

Compatissant ? Avec des gens qui avaient toujours tout fait pour que je me retrouve seul, isolé de tous ? Qui essayaient tant bien que mal de faire comprendre à Nathan que j’étais plus un boulet qu’autre chose pour lui ? Et qui m’en voulait comme la peste de ne pas être mort à sa place ? Je ne crois pas, non.

- Pourquoi essaierais-je de comprendre leur tristesse quand la seule pensée qui les anime quand ils se retrouvent face à moi et de souhaiter ma mort ? Je ne suis pas un pantin que l’on peut faire passer pour Nathan, je pensais que vous l’auriez compris depuis le temps.

La gifle me frappa avec violence, mais je ne tressaillis pas. J’étais habitué, et il avait déjà tapé plus fort. Je me contentais de me tenir la joue, avant de reporter mon attention sur lui. Ce que je lus dans son regard ne m’étonna pas. Ce qui m’intriguait, c’était de savoir quand il oserait enfin le dire à voix haute.

- Nous pensions que sa mort te secouerait un peu, que tu deviendrais enfin quelqu’un de normal. Mais il faut croire que ça aussi, c’était vain. Pourquoi n’es-tu pas mort à sa place ?

Excellente question. Je me l’étais déjà posée aussi. Après tout, personne ne désirait ma présence, et je n’étais qu’un poids pour tous ceux qui me connaissaient. Alors pourquoi était-ce Nathan qui avait dû mourir, alors que j’étais encore là ? Le hasard était vraiment une entité cruelle.

- Pourquoi perds-tu ton temps à lui poser cette question ? intervint ma mère. Tu vois bien qu’il est très satisfait de son sort ! Il n’a jamais rien ressentit, même pas pour son frère ! Comme si sa mort avait pu avoir une influence !

- Nathan était le seul qui essayait de me comprendre. Le seul qui s’inquiétait pour moi, et qui espérait que je serais heureux. Lui, je le regrette. Et je ne cherchais pas à me servir de lui pour mes propres intérêts.

Deuxième gifle, plus violente que la première. A quoi bon se voiler la face ? Tout le monde connaissait la vérité, mais se bornait à la nier. Matt voulait que Nathan reste avec lui, car il était son seul point d’ancrage contre la violence physique. Alice désirait la même chose, car elle ne supportait pas que Nathan puisse aimer quelqu’un d’autre. Nos professeurs voyaient déjà un grand avenir pour lui, où il serait considéré par tous, et qui pourrait leur permettre de s’élever. Quant à nos parents, ils voulaient désespérément qu’il redore notre blason, que j’avais souillé avec ma naissance. Ils n’avaient jamais désiré avoir deux enfants, et ils me le faisaient bien payer.

- Parce que tu penses avoir plus de légitimité que les autres ? s’exclama ma mère, les larmes aux yeux. Tu n’es rien, rien sans toutes les choses que nous avons faites pour toi. Et au final, tu n’es qu’un petit rat ingrat qui se croit supérieur de par sa différence !

Elle se tut alors, la rage au ventre et des larmes coulant sur ses joues. Au moins, elle était honnête elle, même si elle faisait complètement fausse route. Personne n’avait jamais cherché à savoir ce que Nathan avait au fond du cœur. Sa vois était déjà tracée, et il n’y avait pas d’alternative possible. Et s’il se plaignait, il s’exposait au pire. Alors il s’était tut, et avait les choses suivre leur cours. Sans jamais parvenir à être réellement heureux.

- Je ne me crois en rien supérieur, lâchais-je soudainement. Je ne comprends juste pas comment vous avez pu faire passer votre vie avant celle de votre fils. Vous êtes ceux qui ‘avait détruit petit à petit, qui l’avaient forcé au-delà de ses limites. Et aujourd’hui, vous cherchez un coupable, pour ne pas avoir à affronter vos propres erreurs. Je refuse de subir ce rôle parce que vous êtes irresponsables.

Troisième gifle, qui me laissa avec un léger goût de sang dans la bouche. Oh, les choses devenaient enfin intéressantes. Si je les poussais un peu plus à bout, seraient-ils capables de me tuer ? J’étais curieux de cela : remettraient-ils en question toute la réputation qu’ils avaient construite juste pour un tel affront ? Ca ne me surprendrait même pas.

- Hors de notre vue, cracha mon père d’une voix glaciale. Tu ne mérites même pas notre considération. S’en est assez. Nous t’avons supporté pendant trop longtemps. Dès la fin de la semaine, tes bagages ont intérêt à être fait. Je ne veux plus de toi chez nous.

Ah, le stade des menaces venait d’être dépassé. Cette fois, il avait pris sa décision, et je savais que ma mère l’approuverait sans problèmes. Très bien, si tel était ce qu’ils voulaient. De toute façon, je n’avais aucune raison de rester ici plus longtemps. Nathan avait disparu, et il était la seule chose qui mettait un peu de couleur dans cette maison triste et hostile. Il contribuait à faire vivre Nunnally, même si ce n’était que par petites touches. Mais il y croyait, et cela lui donnait la force de tout accomplir. Jusqu’à ce qu’on finisse par tellement tirer sur la corde qu’elle se brisa.

- Très bien, répondis-je simplement ne me relevant, avant de prendre la direction de ma chambre.

Je montais lentement les escaliers, sans prendre la peine d’en retenir tous les détails. Ce n’était qu’une maison, du mobilier. Les seuls souvenirs que je pouvais en garder et qui n’étaient pas teintés de noir avaient déjà été placé en sécurité. Savait-on jamais. Sans perdre davantage de temps, je rentrais dans cette pièce qui n’était pas véritablement mienne, avant de m’asseoir devant mon bureau. Le mieux serait sans doute de leur écrire un petit mot, un dernier au revoir. Cela ne servirait sans doute à rien, mais j’avais le pressentiment que ce devait être fait. Nathan n’avait pas voulu, et c’était pour cela que tout le monde se méprenait sur son geste. Plusieurs heures plus tard, quand le soleil déclina suffisamment pour que je sois sûr qu’il soit le soir, je partis me coucher, sans plus de cérémonie.

Ne sois pas si triste. Je ne disparaitrais jamais vraiment.



PARTIE 2 : CAUCHEMAR [En cours]





Un bruit d’origine plutôt familière attira l’attention du jeune, qui ouvrit difficilement les yeux sur une pièce plongée dans l’obscurité. Sa chambre, car l’on est persuadé que la lumière du soleil pourrait lui faire davantage de mal que de bien. Mais il sait parfaitement qu’ils espèrent simplement qu’en l’isolant de la sorte, il s’affaiblira d’autant plus vite, et qu’ils pourront être débarrassés de lui. Un léger soupir franchit ses lèvres alors qu’une silhouette s’approche de lui.

- Je ne voulais pas te réveiller. Je suis désolé, tu as besoin de repos.

L’autre s’agenouille doucement près de lui, ses bras posés sur la couverture censée le maintenir au chaud. Les mouvements sont hésitants, comme s’il craignait de lui faire du mal. Et pourtant, il devrait savoir mieux que les autres qu’il n’est pas en sucre. Ou ils n’auraient pas survécu aussi longtemps.

- Je ne vais refuser ma seule compagnie, répond le premier à voix basse.

Même parler devient de plus en plus difficile. A croire que tout son corps a cessé de se battre pour faire disparaître le mal qui lui ronge le corps. C’est son esprit qui, ici, fait tout le travail. Et cet exercice fatiguant le fait tombé de fatigue toutes les heures, le plongeant dans un sommeil entrecoupé et agité, dont il apprécie encore plus de sortir.

- Il faudrait que tu manges quelque chose aujourd’hui. Est-ce que tu as envie de quelque chose en particulier ?

Il secoue la tête, peu intéressé. Son estomac rejette pratiquement toutes les nourritures, l’affaiblissant par la même encore plus. Et puis, cela fait très longtemps qu’il ne ressent plus aucune satisfaction à sentir les plats qu’on lui prépare descendre dans sa gorge. Les aliments n’ont plus de goût, pourquoi se forcerait-il à les avaler ? C’est douloureux qu’autres chose.

- Je n’ai pas faim.

Et quand bien même cela pourrait être le cas, il est fatigué qu’il s’occupe constamment de lui, comme s’il n’y avait rien de plus important dans son existence. Alors que tout un royaume comptait sur lui pour prendre la place qui lui revenait de droit, puisqu’aucun autre prétendent n’avait fait son apparition. Il était bien plus occupé que ce qu’il voulait bien montrer. Le jeune homme n’était pas dupe.

- Ca suffit cette fois, s’exclama l’autre avec agacement. Qu’est-ce que tu cherches au juste, à mourir ? Arrêtes de prétendre que tu es déjà condamné !

La voix est vacillante, comme s’il faisait de gros efforts pour ne pas faire ressentir ses tremblements. Mais c’est de plus en plus difficile, et il sent sa propre volonté sur le point de flancher. Et comme pour le rappeler à l’ordre, cette angoisse se transforme en colère, alors que ses muscles se tendent. Il ne doit pas se laisser aller. Car il a parfaitement conscience de ce qui pourrait se passer s’il ne fait pas attention.

- Je me battrais quand tu arrêtes de me faire passer avant tout le reste.

La voix est sèche, coupante, et l’autre serre les poings de frustration. Ce n’est par plaisir qu’il laisse tomber ses cours de belles paroles, ou qu’il laisse en plan son tuteur militaire. C’est qu’il ne peut juste pas faire autrement. Cela fait trop longtemps qu’on les a séparés, et son esprit n’est tourné que vers lui. Il ne peut pas se concentrer sur autre chose, et il finit toujours par revenir ici. Car il a peur que, s’il accepte qu’il ne puisse rien faire, alors il disparaîtra.

- Je n’ai pas besoin que toi, parmi tous, me fasse la morale, grince t-il entre ses dents. Je préfèrerais de loin me concentrer à devenir ce que l’on attend de moi. C’et la seule qui m’attend de toute façon.

- Alors oublies-moi, Xéandre. Tu te sentiras beaucoup plus libre.

L’autre écarquille les yeux à cette remarque, soufflé. Comment peut-il lui demander ça ? C’est impossible ! Il ne peut pas l’oublier, quand bien même il le voudrait ! C’est beaucoup plus compliqué qu’une simple volonté. Etre avec lui, c’est un besoin vitale qu’il ne peut réprimer. Il n’y a qu’auprès de lui qu’il peut se sentir entier, avoir pleinement l’impression d’exister. Même quand il est aussi amer.

- Ne me demandes pas ça Atham. Tu sais très bien que ce n’est pas possible.

Ce dernier pousse un soupir dépité, se redressant soudainement dans son lit. Affolé, Xéandre se précipite vers lui, essayant de le forcer à se repousser. L’autre s’agite et essaye de se libérer, mais il ne fait pas le poids. Il n’ même plus la force de résister à ça.

- Je suis sûr qu’il existe un moyen d’arranger tout ça, lâche Xéandre après avoir retrouvé son calme. Il doit y avoir un moyen.

L’autre a refermé les yeux, et finit par lever un bras en l’air, comme s’il l’examinait. Il finit par l’abaisser sur son visage, rendant son expression encore plus indéchiffrable. Mais son frère connaît la signification de ces crispations, ainsi que le léger tremblement qui agite ses lèvres.

- J’en ai plus qu’assez de tout ça. Ce n’est pas une vie. Dis-lui d’arrêter. Dis-lui d’arrêter de se voiler la face ! Qu’il accepte la vérité ! Il est en train de me tuer…

Xéandre détourne le regard, profondément blessé. Il aimerait tant pouvoir faire quelque chose…mais il n’en a pas le pouvoir. Le seul qui pourrait faire quelque chose, c’est Atham. Il est celui qui a toujours eu le plus de contrôle. Et paradoxalement, celui qui souffre le martyre au moindre dérèglement. Tout ce qu’il reste à Xéandre, c’est son dégoût et sa colère. Les sentiments qu’il a laissé exploser lors de l’incident.

- Je ne peux pas…

- Alors tues-moi !

La réponse est immédiate. Froide. Sans appel. Ce n’est pas une demande. C’est une supplication. Atham est aujourd’hui prêt à tout pour que la douleur disparaisse, absolument à tout. Car il n’est plus en mesure de supporter tout ça. Chaque réticence de l’Autre le détruit un peu plus, et il ne peut rien y faire. Il en a toujours été ainsi : Xéandre obtint le corps le plus résistant, alors que ce fut l’esprit le plus solide que reçu Atham. Afin qu’ensemble, ils parviennent à maintenir l’équilibre fragile de Nunnally. Chacun né d’un des deux êtres qui avaient tout contrôle. Les Gardiens Jumeaux. Jusqu’à l’incident.

- Tues-moi, qu’on en finisse. C’est la seule chose qu’il reste à faire pour que l’effondrement cesse. Et tu le sais très bien. Nous ne pouvons pas être trois à gérer cet endroit. L’équilibre s’est rompu à la mort de Nathan. Je dois disparaître, ou il n’y aura plus de retour en arrière.

Telle est la cruelle vérité : à quatre, cela aurait encore pu marcher. Mais Nathan n’était plus, alors qu’il existait encore. Et seul, il ne pouvait rien. C’était quitte ou double. Mais ça, Xéandre ne l’accepterait jamais. Alors qu’il n’y avait pas le choix.

- Je trouverais un autre moyen lâche t-il alors. Je refuse de t’abandonner à ton sort ! Sans toi, je ne suis plus rien non plus. Qui sait ce qui se passerait si tu disparaissais ? Personne ne peut affirmer que l’effet sera positif !

- Alors tu préfères que j’agonise pendant que tu profites de la vie ? Non merci. Tu ne fais que repousser l’échéance toi aussi, tu te bornes à ne rien vouloir savoir. Si je meurs de fatigue ici, je ne te le pardonnerais jamais. Et je ferais tout pour que Nunnally disparaisse. Sois-en assuré.

Jamais le ton n’avait été autant menaçant. Les paroles désespérées d’un homme qui n’a plus rien à perdre. Qui ne peut que ressentir que la douleur, sans toutes ces sensations qui feraient de lui un humain. Cadeau empoisonnée. Il chérit cette colère qui est la sienne, en espérant de tout cœur qu’elle se relâche un jour. Ce n’est pas une vie. Ca ne l’a jamais été.

- Je n’ai pas peur des paroles de quelqu’un qui ne peut même pas se tenir assis dans son propre lit.

La voix qui lui répond est glaciale, et bien que sa silhouette est plongée dans l’ombre, il sent cette aura différente qui plane autour de lui. Alors il l’a réveillé, hein ? Si seulement il pouvait mettre un terme à tout ça, ça l’arrangerait bien. Mais Xéandre ne s’est encore jamais lâché totalement. Cela a faillit arriver une ou deux fois, mais quelque chose l’a toujours empêché de perdre le contrôle. De toute façon, ça ne sert à rien.

- Je vais trouver quelque chose que tu pourras manger sans trop de difficultés. Mais j’espère que tu te seras calmé entre temps.

- Pas la peine de revenir si tu n’es pas décidé à faire ce qu’il faut pour sauver ce qu’il reste de ce monde.

La porte se referme avec une certaine violence, et ne résonne plus alors qu’un silence désagréable. Il sait déjà ce que les autres penseront : que c’est encore de sa faute, et qu’il ferait mieux de crever le plus rapidement possible. Et malgré ce qu’il vient de sortir à Xéandre, il est tiraillé. Il aimerait enfin pouvoir se sentir libre, quitte à en mourir. Mais il ignore comment réagira Xéandre s’il devait lui arriver quelque chose. Alors il préfère continuer comme si, refoulant ses cris dans un cœur qui s’épuise de jours en jours. Alors qu’il referme légèrement les yeux, sentit la fatigue émerger de nouveau, il entend de petits frottements étranges, mais qui ne parvienne pas à l’alerter. S’il n’avait pas été aussi déconcentré, peut-être aurait-il aperçu les silhouettes encapuchonnées qui s’approchent de lui.




Le jeune homme sort de la maison qu’il partage avec les trois autres garçons, s’étirant légèrement. C’est une nouvelle journée qui commence et qui, il l’espère, sera plus fructueuse que les précédentes. Ici, il n’y a plus grand monde, hormis quelques anciens n’ayant plus la force de partir. Le village est petit, plus encore depuis que la végétation a envahie les maisons les plus reculées. Et ils sont les seuls jeunes capables de lui redonner un peu de splendeur. Autrefois, on admirait les créations en terre que les adultes fabriquaient, et ils en vendaient une bonne partie au marché. Mais cette époque était révolue, et ils devaient se débrouiller seuls.

- Bonjour…j’espère que tu as bien dormit, lui lance une petite voix timide et fluette.

C’est un garçon plus jeune que lui qui s’est avancé, l’observant avec hésitation, comme s’il n’osait pas venir plus prêt. L’autre étira un léger sourire, avant de lui ébouriffer les cheveux. Aussi peu sûr de lui qu’à l’accoutumée, voilà qui ne changeait pas.

- Parfaitement, merci Eleon. Et toi ?

- Oui…

Le plus vieux l’observe un instant, avant de s’abaisser légèrement, comme s’il parlait à un jeune enfant. Ce qui était plus ou moins le cas,  puisqu’il était plus jeune que lui. Mais il n’était plus vraiment un enfant, simplement un adolescent manquant de confiance en lui.

- Si jamais il y a quelque chose qui te dérange, tu peux venir m’en parler, tu le sais ? se décida t-il de lui rappeler.

Le dénommé Eleon hoche doucement la tête, comme rasséréné. Il a toujours eu le don de rassurer le plus jeune, et il s’en félicite. Il espère qu’un jour, il saura prendre son propre chemin sans avoir à se soucier d’eux.

- Je m’inquiète pour Lagaro, finit-il par lâcher. Il n’est pas encore levé, et je pense qu’il a souffert toute la nuit…Tu es sûr qu’on ne peut rien faire ?

Ah…Nuit agitée pour leur troisième compagnon. Voilà qui ne présageait rien de bon pour le reste de la journée. Déjà qu’il pouvait être facilement irritable quand il était de bonne humeur, mais là…il risquait de ne même pas vouloir leur adresser la parole. Enfin, il n’avait aucune envie que ce soit Eleon qui en fasse les frais.

- Je vais aller voir s’il va bien. J’imagine que tu avoir dois plein de petites choses à faire, alors ne tarde pas trop. J’irais faire un tour dans la forêt aux alentours de midi, dis aux autres de ne pas s’inquiéter.

Eleon hoche une nouvelle fois la tête, avant de s’éclipser rapidement. L’autre le suit du regard pendant quelques instants, espérant que leur décision ne l’avait pas trop perturbé. Devoir quitter ce village ne devait pas être une chose facile, plus encore aux vues de leur destination. Et même s’il n’en disait jamais rien, le plus âgé était capable de discerner ses doutes et sa peur, et il faisait de son mieux pour les faire disparaître. Même si ce n’était pas toujours chose aisée.

- Au moins, nous sommes ensemble, souffle t-il légèrement.

Son regard se porte ensuite au loin, vers la maison qu’occupe son ami depuis que les adultes ont déserté le village. Elle n’est pas très différente des autres, et seule une longue habituation lui permet de la reconnaître au premier coup d’œil. Sans attendre plus longtemps, il en prend donc la route, espérant que els doutes d’Eleon ne soient pas fondés. Lagaro est un jeune homme difficile à cerner, qui peut aussi bien être votre meilleur ami que votre pire ennemi. Solitaire dans l’âme, peu causant, il remplit bien son rôle de troisième membre de ce petit groupe. Mais ce n’est pas une vie qu’il a choisit, et s’il pouvait revenir en arrière, le plus âgé était certain qu’il n’hésiterait pas.

- Lagaro ? l’appelle t-il doucement en poussant doucement la porte d’entrée.

L’endroit n’est pas très accueillant au premier abord, mais il garde les précieux souvenirs d’années de bonheur aujourd’hui oubliées. Le silence lui répond, alors qu’il pénètre un peu plus dans la demeure. Comme toujours, les pièces sont plongées dans l’obscurité, rendant difficile de s’y déplacer. Mais il serait bien prétentieux d’expliquer à Lagaro ce qu’il pouvait faire ou non chez lui.

- Lagaro ? l’appelle t’il à nouveau, observant rapidement les pièces alentours, sans trouver de traces du jeune homme.

Ce n’est qu’alors qu’il rentre dans la pièce qui lui tient lieu de chambre que son cœur se serre. Oui, la nuit n’a pas dû être de tout repos. De-ci de-là, on peut apercevoir des morceaux de chaises déchirés, des bouts de chaises brisées dans un coin…et il remarque qu’une nouvelle marque à rejoint les autres sur le mur. Peu importe ce qui l’a mis dans cet état, c’était violent. Un souvenir un peu trop vivace ? La culpabilité ? La douleur ? Il serait incapable de le dire. En attendant, le jeune homme est étendu sur son lit, les yeux fermés et le visage apaisé. Au moins a-t-il réussit à se soulager un peu.

- Si je te connaissais mal, je jurerais que tu veux mettre cet endroit en pièce, lâche t-il en commençant de rassembler les débris dans un coin, pour ne pas qu’il risque de se faire mal.

- Je suis fatigué, Trom. Et je n’ai pas envie que tu viennes me faire la leçon. C’est Eleon, c’est ça ?

Le plus âgé tourne la tête, pour croiser des yeux gris qui l’observent avec une certaine lassitude, bien cachée derrière toute cette indifférence de façade. Dommage pour Eleon, mais Lagaro le connaît trop bien pour qu’il se cache très longtemps. Ce qui le ferait presque sourire, s’il n’avait pas aperçu la main droite de son ami. Couverte de sang séché.

- Evidemment…le trou n’a pas pu se faire seul.

Il se relève et s’approche de son cadet sans que ce dernier ne fasse mine de bouger. Ce n’est pas la première fois qu’il est amené à soigner de telles blessures, mais il ne s’y habitue jamais. Ce n’est pourtant pas si fréquent que cela, mais lorsque ça arrive, c’est assez impressionnant. Trop de rage contenue dans un si petit corps.

- Tu te rends compte qu’on part dans quelques jours ? On n’a pas besoin que tu sois blessé…

Lagaro ne le lâche pas du regard, comme si ses paroles ne l’atteignaient pas vraiment. Trom peut discerner une lueur particulière dans ses yeux gris, qu’il n’ pas vu depuis longtemps. Son cœur se serre, alors qu’il commence à imaginer ce qui a pu se passer cette nuit. Il ne pourra donc pas rassurer Eleon, ce qui le dérange tout particulièrement.

- Tu n’y pouvais rien, Lagaro…

- Mais j’aurais dû. Ecoutes, je n’ai aucune envie d’en parler, alors arrêtes s’il te plaît.

Le plus vieux l’observe encore un instant, avant d’abandonner : cela ne servait à rien. Il fait face à la tête de mule, et il ne parviendrait à rien en tirer. Mais tout de même, il refuse de laisser sa main dans cet état. Peut-être a-elle déjà commencé à s’infecter, ce qui le met en danger.

- Laisses-moi au moins soigner ta main.

Pour toute réponse, Lagaro se contente de reposer sa tête sur son lit, et de fermer les yeux. Il a beau se montrer de nature froide, mais il a parfois besoin que l’on s’intéresse à lui. Comme un enfant. Aucune autre parole n’est échangée, et Trom sait que cela ne sert à rien d’insister davantage. Il quitte donc la maison en laissant Lagaro se reposer, tant qu’il le peut. Observant les alentours, il cherche à savoir si quelqu’un aurait besoin de lui. Comme cela ne semble pas être le cas, il prend la direction de la forêt qui entoure le village. C’est là-bas qu’ils trouvent leurs ressources principales, comme la nourriture. Heureusement qu’il reste encore quelques anciens capables de chasser, et que les trois plus jeunes en ont eu des cours. Mais aujourd’hui, cela ne suffit plus. Le jeune progresse silencieusement entre les arbres, pensif. La rechute de Lagaro l’inquiète, et il en oublierait presque la raison de sa venue ici. Il souhaite vérifier une dernière fois s’il n’y aurait pas des plantes intéressantes pour les premiers soins dans le coin, avant leur grand départ. Ils en auraient besoin, n’étant pas assurés de trouver sur leur chemin un médecin, et parmi les rares qui exercent dans les Terres de l’Est, qu’il accepte de s’occuper sans compensation financière. Or, ils n’ont pas le luxe de se permettre cela.

- Et merde !

La voix est soudaine, cinglante, apeurée. Attirant l’attention du garçon aux cheveux dorés, qui s’accroupit dans les fourrés. Ce n’est pas celle de l’un des habitants du village, et il est rare que des étrangers s’aventurent par ici. Le village est assez éloigné des chemins principaux, comme tant d’autres, et c’est pour cela que beaucoup sont partis lors des dernières années. Son instinct lui souffle donc que cette présence humaine n’est pas une bonne chose. S’approchant à petits pas pour essayer de mieux discerner l’homme en question, il peut également entendre les hennissements d’un cheval. Encore plus étrange, puisqu’il n’y en a pas par ici. Et tandis que sa vision de la situation se précise, il sursaute : de tels animaux ne peuvent appartenir qu’à des gens de hautes lignées. Ses pensées dérivant l’espace d’un instant vers Eleon, il remarque alors plusieurs corps étendus sur le sang, en mauvais état, ainsi que ce qui s’apparenterait à une calèche fermée, renversée sur le côté. Après plusieurs minutes d’observations silencieuses, tapi dans l’ombre, il finit par sortir de sa cachette, considérant le danger écarté. Inspectant rapidement les hommes inconscients, il les associe à des gardes, même s’il serait incapable de déterminer de quel groupe. Plus inquiétant cependant, ils semblent tous être morts, mais il ne saurait en déduire la cause. Et de toute façon, il n’en a pas le temps. Car une respiration difficile lui fait tourner la tête. Un survivant.




Etonnamment, la douleur s’estompe avec le temps. Ou peut-être se rapproche t-il tant de la mort qu’il finit par ne plus la sentir. C’est la pensée qui le rassérènerait le plus. Xéandre refuse de l’écouter, et se cache derrière de belles excuses pour ne pas risquer d’hésiter. Le jeune homme est fatigué : fatigué de se battre contre quelqu’un qui ne les écoute même plus. Qui se laisse tout simplement aller pour ne pas avoir à réfléchir. Ce serait trop douloureux, et trop inconfortable. Finalement, il est comme les autres, incapables de voir la réalité en face. Et c’est lui qui en paye les pots cassés. Et il déteste cette situation.

- Où comptez-vous l’emmener ? demande une voix qu’il reconnait avec peine.

- Loin d’ici madame. Nous prendrons la direction des Terres de l’Est, et nous l’y laisserons crever. Il ne vous importunera plus ainsi.

- Soit, tant qu’il n’est plus dans nos pattes. Cet enfant a toujours été un problème, depuis qu’on nous l’a confié. Mais veuillez à ne pas le tuer. Le Seigneur Xéandre s’en rendrait compte, et mieux vaut ne pas se trouver sur son passage quand il est en colère.

- Est-il vraiment aussi dangereux qu’on le dit ? Et si oui, pourquoi lui confier de telles responsabilités ? Le royaume n’a pas besoin d’un être instable à sa tête. C’est un gros risque que vous prenez-là.

- Un pari, qui s’est lancé il y a déjà de cela plusieurs années. Et croyez-moi, des deux frères, tout le monde sait parfaitement celui qui serait utile, et qui serait une gêne supplémentaire.

- A votre aise. Tant que vous nous payez, on ne s’immiscera pas davantage dans vos affaires. Mais prenez garde, Milady : un jour viendra où vos magouilles se retourneront contre vous.

- Sans doute. Mais mieux vaut cela que laisser l’actuel Roi gouverner comme il fait.

Oh…c’est donc un complot qui se prépare, dans le dos des principaux concernés. Ca n’avait rien de bien étonnant : personne n’aimait le comportement du Roi, et tous souhaitaient qu’il disparaisse. Mais il y a un détail dans cette histoire qu’il n’aime pas. Pas du tout même. Que cela implique Xéandre, et qu’on veuille se servir de lui. Il est loin d’être idiot, et il doit sentir le coup venir depuis longtemps. Mais il y a une chose dont il est persuadé : si jamais sa vie est en jeu, il pliera l’échine devant n’importe qui. C’est là sa principale faiblesse, qui le perdra un jour ou l’autre. Il en est intimement convaincu.

- Certains sont satisfaits de sa politique, vous savez. Les gens d’ici n’apprécient pas de se mêler à ceux des autres Terres.

- Oui, et ils ont bien raison. Mais de là à tuer leurs enfants…je ne suis pas en accord avec cette pensée-là.

- Hypocrite comme toujours, Milady. Je parlerais de votre vision des choses avec ce jeune homme, je suis sûr qu’il en sera ravi.

- Ces enfants ne sont pas normaux ! Les lois de nos Terres sont très précises. Ils ne peuvent pas exister !

Oh, ce n’était la première fois qui l’entendait ça. Tout leur existence était remise ne question par leur simple apparence. Mais ils n’y pouvaient rien, ils étaient nés ainsi. Deux nourrissons découverts un beau matin, qui finirait par montrer des cheveux et des yeux noirs, provoquant la peur chez ceux qui les approchait. Et ceux qui, malgré ça, avaient survécu.

- Et pourtant, ils sont bien là. Et vous désirez en placer un au sommet du monde.

- Parce que je n’ai pas d’autres choix.

- Oh, on a toujours le choix, Milady. Vous le savez mieux que personne.

Ce fut sur ces dernières paroles que leur discussion prit fin, et que le jeune homme sentit la fatigue l’envahir. Il n’est plus habitué à suivre les échanges de plusieurs personnes avec une telle intensité. Ce qu’il a appris s’avère très intéressant, mais il sait déjà qu'il ne sera pas en mesure de les répéter avant un long moment. Car on le déplace sans grande délicatesse, et qu'il est trop faible pour opposer la moindre résistance. On l’éloigne des sphères de pouvoir, afin qu'il ne vienne pas tout compromettre. Et il en est juste réduit à se laiser faire. Il ignore si c'est à cause de la nuit, de sa propre condition ou d’un baillon, mais il ne voit rien. Mais ça ne l’empêche pas pour autant de réfléchir. Moins vite qu’à l’accoutumée, mais il a su en tirer les éléments importants. On ne le fera pas quitter la demeure par la porte principale, trop dangereux. Car même si les gardes peuvent être facilement achetés, il n’en ai pas de même pour les badauds affamés qui trainent toujours aux alentours. Eux ont compris le pouvoir des informations, et qu'il serait bien naïf de proposer sa loyauté à une unique personne. Ce qui ne laisse donc que deux ou trois sorties potentielles. Et s’ils désirent partir pour les Terres de l’Est, il peut aisément déterminé celle qu’ils choisiront. Avec Xéandre, ils avaient l’habitude de l’emprunter, ainsi que les autres, quand ils étaient plus jeunes, et qu’on leur laissait encore du temps libre ensemble.

- J’pense pas que tu mérites ça mon gars, mais tu t’es fait une ennemie qui paye bien.

C'est la voix de l’homme qui résonne à côté de lui, alors qu'il comprend qu’on l’a placé en position allongé. Même si leur but est de l’enlever et de le laisser pour mort dans une terre reculée, ils n’en sont pas pour autant à le laisser dans l’inconfort total. A peine a t-il le temps de se faire cette réflexion que l’environnement se met à trembler, et qu’il suppose qu'on l’a placé dans une calèche, ou quelque chose de semblable. Etrange pour la discrétion.

- Lui parles pas, tu vas nous attirer le mauvais oeil, lâcha un deuxième homme.

- Me fais pas croire que tu prends ces conneries comme vérités. C'est qu’un gosse !

- Et pourquoi tu crois que la Milady veut s’en débarrasser ? Parce qu’ils ont pas la place de le garder ? Laisses-moi rire !

- Alors pourquoi garder l’autre ? Elle l’a dit elle-même : il est plus dangereux si on le laisse seul. Elle prend déjà suffisamment de risques sans avoir en plus à gérer l’autre gosse.

- Attention mon vieux, tu as réveillé le grand Nearwan, défendeur assidu des nobles ! remarqua un troisième homme.

- Il ne s'agit pas de ça, gronda le concerné. Je sais juste qu'il est très mauvais de croire toutes les rumeurs que racontent les abrutis dans votre genre.

- On se demande bien pourquoi...grommela le deuxième homme.

Un silence tendu s’installa alors, durant de longues minutes. Le jeune homme tacha de garder toutes ces informations en tête, particulièrement le nom de celui l’ayant en partie “défendu”, ainsi que le fait qu'il paraissait aimer se placer en protecteur des causes perdues. Avec cela, il pouvait au moins se permettre de faire quelques hypothèses rapides. Finalement, Nearwan reprit la parole, s’adressant de nouveau à lui.

- Inutile de faire semblant de ne pas nous avoir entendu. Ca ne t’aidera pas à te sortir de cette situation. Tu devrais même participer, ce serait instructif.

- Si jamais on se l’attire, le mauvais oeil, je te jure que je ferais en sorte que tu meurs le premier !

- La ferme Manawi.

- Bien sûr, tu ordonnes et on se contente d’obéir ! Ca te retombera dessus un jour, crois-moi !

- Au moins, je saurais que ce sera volontaire. Lui non.

- J’aurais préféré que vous me tuiez directement plutôt que de me trimballer à l’autre bout du pays.

L’intervention du jeune homme dissipa immédiatement la tension qui régnait dans l’espace, en créant une beaucoup plus inconfortable. Personne ne s’était attendu à ce qu'il réponde, Nearwan comprit.

- Pardon ?

- J’aurais préféré que vous me tuiez. En quoi est-ce difficile à comprendre ?

- Mais...pourquoi voudrais-tu mourir ?

- Parce qu’ainsi, il redterait une petite chance que Nunnally ne disparaisse pas. Et que quelques uns d’entre vous gardent la vie sauve.




L’agitation avait secoué leur petit village quand Trom était revenu de la forêt...accompagné, si l’on pouvait dire. Plus préoccupé par la santé du mystérieux survivant, le plus âgé s’était empressé de trouver un lit où il pouvait l’allonger, avant de s’occuper de ses blessures. Retourné à son état craintif habituel, Eleon était resté en retrait, observant les réactions des anciens du village avec une certaine méfiance. Il avait eu le temps d’apercevoir le garçon en question, et cela l’avait immédiatement mis à l’aise. Qui qu’il soit, il ne l’aimait déjà pas.

- Qu’est-ce qui provoque autant de bruits ? Lâcha une voix derrière lui.

Eleon sursauta, avant de se retourner prudemment. S’il y avait bien une chose qui pouvait pousser Lagaro à sortir de sa tanière, c’était bien quelque chose qu’il ne comprenait pas. Il connaissait ce village par coeur, le plus jeune le soupçonnait même d’être capable de le traverser les yeux fermés. Mais là n’était pas la question.

- Trom était partit dans la forêt...commença t-il.

- Ca, je sais. Et quoi, il a trouvé quelque chose ?

Visiblement, le réveil n’avait pas été agréable. Trom lui avait dit qu'il passerait s’assurer de son état, et il avait l’intuition que ça ne s’était pas passer dans le plus grand des calmes.

- Oui, souffla t-il. Un jeune garçon, je crois, blessé. Et…

- Et ? Le pressa Lagaro avec agacement.

- Ses cheveux...ses cheveux ne sont pas normaux. Ils sont noirs, Lagaro.

- Quoi ? S’exclama ce dernier. C'est impossible !

- Tu peux vérifier toi-même…

Ce n'est qu’alors qu’il remarqua la main bandée du plus âgé. Sans doute le fait de Trom, vu l’application avec laquelle il avait été enroulé. Un sentiment de résignation s’empara alors de lui, et son coeur se serra.

- Alors j’avais raison…

- Quoi encore ?

- Tu as recommencé.

Juste une constatation, il n’était ni accusateur ni moralisateur, il était tout simplement triste. Parce qu’une fois encore, il était parfaitement inutile. L’hostilité de Lagaro se calma d’un coup, avant qu'il n’observe sa main et ne soupire. Ca commençait à faire un petit moment qu’ils se connaissaient, ils avaient fini par savoir lire sur le visage du jeune homme aux yeux gris. Mais ils demeuraient toujours incapables de prévoir les crises.

- Vous n'avez pas à vous inquiéter autant, je vais bien, marmonna Lagaro d’une vois plus basse, comme en guise d’excuses.

Eleon leva les yeux vers lui, avant de secouer légèrement la tête.

- Pas si tu te blesses, répondit-il. Tu ne nous fais toujours pas confiance ?

- Il ne s'agit pas de ça ! S’écria alors le plus âgé. C'est surtout que...ça ne vous regarde pas !

Avec le temps, on finissait par comprendre qu'il y avait certains sujets qui méritaient de rester enfouis, et qu'il fallait laisser tranquille. Au risque de raviver de terribles douleurs, qui ne se guérissaient pas avec de simples bandages. Et parmi cela, il y avait celui qui avait rendu Lagaro aussi instable, pouvant passer du gentil jeune homme agréable bien que légèrement distant à une créature brisée, qui ne désirait que détruire tout ce qui rappelait sa propre impuissance.

- Le jour où nos routes se sépareront, ça ne nous regardera plus. Mais tant qu’on doit supporter ta mauvaise humeur, ça nous concerne.

La voix de Trom venait de s’élever dans l’air, visiblement agacé de la réponse de Lagaro. Les deux garçons se retournèrent à sa remarque, et le garçon aux cheveux gris soutint son regard pendant plusieurs secondes, comme par défi. Puis, il lâcha un léger soupir, détournant le regard. Trom était bien la seule personne capable de prendre le dessus sur Lagaro. Difficile de savoir si c’était son caractère ou leur passé commun, mais Eleon les enviait sur beaucoup de points.

- Comment…comment va-t-il ? demanda le plus jeune.

- Difficile à dire, répondit Trom. J’ignore exactement ce qu’il s’est passé là-bas, mais il ne porte pas de blessures graves. Il était dans un carrosse, ce doit donc être quelqu’un d’important. Ce dernier s’est renversé, et les liens retenant les chevaux a été coupé. Il est le seul survivant, tous les autres sont morts.

- A cause…du choc ? demanda Eleon, tremblant légèrement.

Trom secoua la tête de manière négative, et un frisson parcourut le garçon aux yeux verts. Donc, c’était visiblement que quelqu’un, ou quelque chose, les avait tués. Son instinct lui soufflait douloureusement que la deuxième solution était la bonne. Il n’y avait plus que des hommes et des femmes âgés avec eux, aucun qui puisse avoir la force de venir à bout de plusieurs hommes. Et il préférait éviter d’imaginer que trop d’étrangers ne s’approchent d’eux. Ce n’était jamais un bon présage.

- Des traces ? demanda à son tour Lagaro, pensif.

- Avec celles des chevaux et des gardes qui l’accompagnaient, je ne peux en être sûr. Ils sont sortis de la calèche, et c’est à l’extérieur qu’ils ont été tués. Visiblement, par une créature possédant des griffes, sans doute très musclée.

Un silence pesant s’abattit alors sur les trois garçons, alors que Trom réalisait ce qu’il venait de dire. Ce genre de descriptions pouvait s’appliquer à de nombreuses créatures, que l’on pouvait trouver sur les différentes terres. Et il aurait été logique d’imaginer qu’aussi loin dans les Terres de l’Est, seules celles qui avaient l’habitude de vivre dans le coin auraient pu en être à l’origine. Mais il n’y avait qu’une créature qui avait, par le passé, était responsable d’un nombre aussi conséquent de morts sans que l’on n’en trouve de réelles preuves.

- Lagaro, je ne crois pas...commença t-il.

- Cela pourrait-il être l’œuvre d’un maléfice ? le coupa ce dernier.

- Quoi donc ? demanda Trom avec prudence, pas sûr de comprendre son raisonnement.

- Ses cheveux, expliqua t-il avec une pointe d’agacement. Eleon m’a dit qu’ils étaient noirs, ce qui est parfaitement impossible.

Trom prit quelques minutes avant de répondre, n’étant pas bien sûr de l’intérêt d’une telle question. Il ne croyait pas vraiment à toutes ces histoires de maléfices, et ce qui pouvait en découler. Il y avait beaucoup de choses étranges, voir inexplicable en Nunnally, il en pouvait pas le nier. Mais en chercher une cause était peut-être ce qui rendait les évènements plus tangibles, et donc plus cruels. Car peut-être auraient-ils pu être empêchés.

- Je l’ignore, finit-il par répondre. Lagaro, je pense qu’il y a bien plus important que ça ! Tu…

- Je ne crois pas, lâcha celui-ci d’une voix glaciale.

Sans attendre de se faire une nouvelle fois contrer, Lagaro pénétra dans la maison où l’inconnu avait été déplacé, sans doute pour confirmer par lui-même les dires des autres. Trom voulait le suivre, mais Eleon lui attrapa le bras, l’empêchant d’avancer. Tout ce que pu voir le plus âgé, ce fut un léger filet de sang qui avait commencé à colorer le bandage qu’il lui avait fait le matin même. Jusqu’à quel point avait-il essayé de contenir sa colère ?

- Tu crois vraiment…que ça pourrait être ces choses ? demanda Eleon d’une petite voix. Son regard…je ne crois pas que ce soit une coïncidence. Je sais que tu n’y crois pas, mais…son attitude, et le fait que tu es trouvé ces personnes…je ne suis pas sûr qu’on puisse simplement faire comme s’il n’y avait pas un problème.

Trom lâcha un soupir, alors qu’une angoisse profonde commençait à s’installer dans son esprit. Il n’aimait décidément pas ça. Il refusait de voir Lagaro sombrer à nouveau dans le désespoir. Une fois lui avait largement suffit. Tout ce qu’ils avaient pu faire, à l’époque, c’était le soutenir du mieux possible. Pour quoi, au final ? Pour que ces vieux souvenirs reviennent faire surface après toutes ces années ? Hors de questions !

- Je sais, Eleon. Et c’est bien ce qui me fait peur…




TOME 2 : PEUR [Non disponible]




PARTIE 1 : REVEIL [Non disponible]




PARTIE 2 : SOUHAIT [Non disponible]





TOME 3 : ABANDON [Non disponible]




PARTIE 1 : BLESSURES [Non disponible]




PARTIE 2 : DECISION [Non disponible]




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Last edited by Evalone on Tue 7 Nov 2017, 19:04; edited 11 times in total
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Fragou
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PostPosted: Fri 29 Sep 2017, 18:42    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Ca laisse rêveur tout ça Symphi **
Tant mieux si une forme moins fixe, ainsi que des posts moins réguliers, peuvent te permettre de mieux développer l'histoire comme tu l'entends :3 Je suis très pressée de voir ce que donne cette version gamma, alors courage pour l'écriture <3
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~ J'me sens coupable d'avoir été lors d'une vie antérieure l'une de ces charmantes petites créatures qu'on rencontre au fond des bouteilles de mescal et d'en ressentir à tout jamais un sentiment mélancolique de paradis perdu ~
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Petite Perle
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PostPosted: Fri 29 Sep 2017, 19:31    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Ooooh ! ** J'ai hâte de lire cette version gamma ! Poste à ton rythme aussi oui, de tout facon je ne pourrais suivre ton histoire que les weekend pour l'instant..
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Evalone
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PostPosted: Sat 30 Sep 2017, 20:09    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Merci beaucoup pour vos remarques, ça fait plaisir :')

Par contre, on repart avec le bon vieux bug de xooit, je n'arrive tout simplement pas à ajouter le prologue dans la PA. Donc on repart sur les chapitres postés à la suite, et sans possibilités de les récupérer autrement. Ma joie est à sa comble --'
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Evalone
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PostPosted: Sat 30 Sep 2017, 20:11    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

TOME 1 - Regret

PROLOGUE
 


 
La mince frontière qui sépare le rêve de la réalité peut être infiniment plus dure à percevoir qu’on ne pourrait le croire. Parfois, tout nous paraît tellement vivant que l’on se met à douter, et que l’on essaye de se réveiller. Mais le plus intriguant reste quand l’on ne parvient pas à retourner au monde duquel nous sommes persuadés d’appartenir. Et dès lors, on finit par se demander si ce que l’on croyait être vrai depuis tant d’années n’était pas en fait une sombre mascarade, opérée par un esprit malade. Et tandis que la peur et l’incompréhension prennent racines dans notre cœur, nous sommes plus à même de nous laisser bercer par les illusions qui nous entourent. Et il arrive malheureusement que, parfois, il soit bien plus difficile que prévu de sortir de ce songe qui nous apporte tant de réconfort. 
 
*** 
 
- Alexandre, tu es parfois très effrayant. 
 
Tu relèves la tête à cette remarque, toisant le jeune garçon qui se tient devant toi avec curiosité. Celui-ci te rend ton regard, ses yeux verts dissimulant mal son trouble. 
 
- Je ne sais pas comment dire…mais tu as parfois l’air beaucoup trop ailleurs. 
 
Il semble mal à l’aise, comme si te dire à voix haute ce qu’il pense l’effrayait. Comme s’il craignait que tu ne comprennes pas, que tu n’acceptes pas. Car tu es parfois beaucoup trop imprévisible. 
 
- Je n’aime pas ces choses sur lesquelles on me demande de me concentrer. Elles sont trop ennuyantes, et beaucoup trop logiques. Ca ne m’intéresse pas. Ca me donne mal à la tête. 
 
Non, tu n’aimes pas que l’on te dise ce qu’il est juste de penser, et ce qu’il ne faudrait pas croire. Ta vision des choses est si différente de celle des autres que vous ne parvenez pas à vous comprendre. Ce que tu vois autour de toi, ce n’est qu’un monde gris et terne, sans intérêt. Mais dès que tu fermes les yeux, tout reprend une couleur beaucoup plus belle. 
 
- Je préfère quand je peux voir Nunnally. 
 
Un petit cri surpris s’élève dans la pièce alors que tu as fermé les yeux, et tu les rouvres avec un semblant d’agacement. L’expression de ton frère est passée d’inquiète à alarmée. Tu sais déjà ce qu’il va dire, et lui de même. Mais plus le temps passe, et plus il ressent le besoin d’exprimer ses pensées de cette manière. Alors que tu préfères le calme des non-dits. 
 
- Tu ne dois pas dire ça ! Tu sais très bien qu’il ne faut pas dire ça. Sinon, tu te feras encore grondé ! Et je ne veux pas… 
 
C’est une tristesse profonde qui te submerge alors, tandis que ce lien si fort qui vous unit se manifeste à nouveau. Vous êtes capables de vous comprendre d’un simple regard, d’un simple geste, et les autres pensent que ce n’est qu’un jeu d’enfant. Mais c’est bien plus complexe que cela, et tu détestes quand on vous traite comme des idiots. 
 
- Si tu n’en parles plus, ils ne se fâcheront plus… 
 
Sa peur n’est pas dirigée vers lui, mais vers toi. Car il sait à quel point vos parents peuvent mal réagir à ce genre d’échanges, et de quelle manière il refuse de t’entendre en dire plus. Toi non plus, tu ne veux pas que cela recommence une nouvelle fois, car tu n’aimes pas avoir mal. Mais tu ne peux pas non plus oublier Nunnally. Et pourtant, tu as déjà, parce qu’il te l’a demandé. Pour ton bien. 
 
- Tu n’es pas obligé de leur dire. S’ils ne savent rien, ils ne feront rien. 
 
Sur ces paroles, tu l’as pris dans tes bras, et tu l’as serré contre toi. Tu peux le sentir se détendre, alors que des larmes commencent à couler de ses joues. Cela fait longtemps que tu n’as plus pleuré. A vrai dire, tu ne sais même plus si tu as déjà pleuré. On t’assure que oui, mais tu n’y crois pas vraiment. Tu n’arrives pas à comprendre pourquoi les gens sont aussi tristes, ni même pourquoi tu devrais être comme eux. 
 
- Je vais bien, tu devrais être rassuré non ? 
 
Tu le sens hocher légèrement la tête sans te répondre. Il est rassuré, mais ça ne durera pas. Il passe son temps à s’inquiéter pour toi, bien plus que pour lui-même. Et tu ne comprends pas. Toi aussi tu t’inquiètes, mais tu n’as pas peur de tes parents. Tu sais qu’ils ne peuvent pas tout faire. La seule chose qui te retient de leur tenir vraiment tête, c’est cet infime doute qu’ils ne décident de s’en prendre à Nathan. 
 
- Je n’aime pas quand tu parles comme ça. Parce que je sais que tu ne feras pas attention. 
 
Il a raison, et tu en as conscience. Mais c’est quelque chose dont tu es incapable. Tous ces concepts régissant ta vie, tu ne les comprends pas. Tu voudrais pouvoir faire ce que tu veux, quand tu veux, sans que personne ne vienne te gronder par derrière. Et surtout, tu ne comprends pas pourquoi vous devait percevoir le monde de manière si différente. Tu aimerais tant pouvoir lui montrer tout ce que les autres ne voient pas, pour qu’il arrête de s’inquiéter. 
 
- Nunnally est à nous, personne ne pourra nous le prendre. 
 
Cette réplique sorte sans vraiment que tu y fasses attention. Mais elle vient du cœur, et est très significative. Nathan sait pour Nunnally, il sait à quel point elle est importante pour toi. Parce qu’il la voir aussi, même s’il fait comme si. A deux, ils auraient le pouvoir de leur prouver que ce n’est pas qu’un jeu, et que ce n’est pas stupide. Mais Nathan ne veut pas. Parce qu’il est beaucoup plus sensible que toi, et qu’être différent des autres le blesse profondément. Et ça, c’est quelque chose que tu ne comprends pas. Parce que sans Nunnally, tu ne serais pas là. 
 
- Je préfèrerais que Nunnally disparaisse. Ca ferait moins mal. 
 
Sans doute que oui. Peut-être que non. Personne ne sait, car personne ne veut chercher. On se contente de les regarder bizarrement, et quand tu lèves ton visage inexpressif vers toi, ils reculent d’un pas, comme s’ils avaient peur. Tu es le plus grand, et tu es celui que tout le monde évite. Et ça te va bien comme ça. Tu n’aimes pas quand les gens sont trop proches de toi. Ils sont trop différents. 
 
- Mais Nunnally ne peut pas disparaître. 
 
Tu feras en sorte que ça n’arrive jamais. Parce que personne n’a le droit de faire du mal à Nunnally. Sinon, quelque chose de très grave se produira. Tu ne sais pas quoi, mais tu en es certain. Parce que tu sais tout de Nunnally. Même le moyen de la faire disparaître. 
 
- Nunnally est en nous.
 
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Fragou
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PostPosted: Sat 30 Sep 2017, 23:51    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Très intéressant, cette remix, on voit déjà que Nunnally aura une place plus importante dans l'histoire, et ça permet de l'appréhender d'avance sous un autre angle :3 Qui est ce narrateur qui tutoie Alex ? Est-ce qu'il sera le narrateur par la suite ou est-ce que ça aussi va changer...? 
C'est très mignon comme prologue, ça permet de plus appréhender Nathan de son vivant :3 Hâte de voir ce que vont donner les prochains chapitres, si tu es motivée <3
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Evalone
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PostPosted: Sun 1 Oct 2017, 00:04    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Merci beaucoup <3 Et oui, la façon d'aborder l'univers change :3 Faut dire qu'un an et demi, ma façon de voir l'histoire a beaucoup changé, et ma façon d'écrire aussi ^^ Du coup, il y aura sans doute plus de chapitres proches des derniers de l'ancienne version, et moins de longs monologues chiant d'Alex x)

Si je garde cette motivation, je vais peut-être me retrouver à poster aussi souvent qu'avant finalement x) Je pensais pas que ce chapitre serait aussi sympa à écrire ** D'autant que ce genre de chapitres, c'est tellement mignons ! Bon, par contre, je sais très clairement d'où vient mon influence pour cette fois, mais je ne dirais rien, pour ne pas spoiler ceux qui ne suivent pas le manga en question :')

Bref, je parle toujours beaucoup trop x)
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Petite Perle
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PostPosted: Sun 1 Oct 2017, 09:31    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Je trouve cette façon d'écrire plus facile à lire pour moi, dans le sens où je ne me lasse pas de lire comparé aux anciens monologues que tu écrivais au début de l'histoire. Je pense que je vais peut être plus accrocher à cette version ! ^^
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Fragou
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PostPosted: Sun 1 Oct 2017, 10:42    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

C'est ton choix :3 Je t'avoue que les longs monologues d'Alex faisaient partie de ton style, mais n'étaient pas forcément très digestes, de plus qu'au final, ils ne révélaient pas grand chose, alors qu'au contraire, on espérait qu'au moins ils nous en révèlent beaucoup sur lui :3 Si cette nouvelle forme te plaît, alors tant mieux <3
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Evalone
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PostPosted: Sun 1 Oct 2017, 22:32    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Je comprends Pommy :3

Oui, c'est vrai que c'était assez vide en terme de contenu, finalement x)
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Brume de Soleil
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PostPosted: Sun 1 Oct 2017, 22:45    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Je suis d’accord avec Pommy et Fragou, cette version a l’air beaucoup plus digeste et agréable à lire. Effectivement dans la version prcedente il y avait beaucoup de texte pour pas grand chose :(

Je suis contente que l’histoire reprenne sur de bonnes bases, je vais suivre avec attention ;)
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Evalone
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PostPosted: Sun 1 Oct 2017, 22:49    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Merci beaucoup, je suis très heureuse que la nouvelle version vous plaise <3
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PostPosted: Wed 4 Oct 2017, 09:18    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

TOME 1 - Regret

PARTIE 1 - Commencement

CHAPITRE 1
 


 
Je ne mourais jamais, tant que tu garderas mon souvenir en mémoire. 
 
J’ouvre difficilement les yeux à ces paroles, observant sans vraiment le voir le plafond de ma chambre. Il est tellement plus facile de prodiguer des conseils aux autres que de se les appliquer à soi-même. C’est une leçon que j’ai compris depuis longtemps. 
 
Car tant que le cœur de l’un d’entre nous battra, les jours où nous étions encore des enfants ne disparaitront jamais. 
 
Sans doute. Mais il est plus difficile que tu ne le penses de faire fonctionner un corps entier avec seulement la moitié d’un cœur. C’est épuisant, et extrêmement lassant. Si tu étais là, les choses seraient beaucoup plus faciles. Beaucoup plus supportables. Sauf que tu n’es plus là. Pa ma faute. 
 
Tu as changé, beaucoup au cours des dernières années. Mais tu restes mon frère. Et je te pardonnerais tout, quitte à me mettre les autres dos. Car ils sont incapables de comprendre, ou même d’accepter, l’attachement que je ressens pour toi. 
 
Je pousse un soupir à cette phrase, avant de me redresser. Je suis mal réveillé, et il me faut plusieurs minutes pour comprendre exactement quel jour nous sommes, et ce qui m’attend. Chaque jour, il s’agit de la même rengaine : se lever, faire semblant d’aller bien, écouter les cours que nous ont préparés nos divers professeurs, donner le change aux quelques personnes qui acceptent encore de m’adresser la parole, rentrer, étudier, se coucher…Tout cela sans le moindre changement, comme si je revivais sans cesse la même journée en boucle. Je pense que j’aurais préféré que ce soit celle de ta mort qui se déroule devant mes yeux. Cela aurait été moins monotone. 
 
- N’oublies pas de rentrer tôt, il faut quelqu’un pour pouvoir garder la maison, me rappela ma mère alors que je finissais de manger les deux tranches de pain que j’avais en main. 
 
Je ne mangeais jamais vraiment beaucoup, me contentant de ce que l’on me servait sans chercher à faire la fine bouche. Avec le temps, toutes les nourritures avaient fini par se ressembler, n’ayant plus de goût propre qui pourrait me faire préférer l’une à l’autre. C’était plus un réflexe qu’un moment agréable : je faisais ce qu’il fallait pour tenir la journée, et rien de plus. Tout était fade et inutile, et j’aurais de loin aimé ne pas avoir à perdre du temps à me nourrir. Temps que je n’aurais, de toute manière, pas su comment utiliser. 
 
- Que l’on n’apprenne pas que tu t’es amusé avec des idiots au lieu de travailler. Tu sais que le temps est précieux, et qu’il ne faut pas le gaspiller. 
 
Oui, j’avais fini par le comprendre avec le temps. Les quelques marques que je portais aux bras étaient là pour me le rappeler. Elles ne disparaitraient plus maintenant, mais ce n’était pas bien grave. Au final, leur signification m’importait peu, de même que leur présence. Nathan n’était plus là pour s’en inquiéter, alors je n’avais plus à faire semblant. C’était aussi simple que cela. De toute façon, personne n’aurait décemment daigné m’inviter à rejoindre son groupe d’amis, et ça m’allait très bien comme ça. J’étais plus à l’aise seul que d’écouter des personnes qui m’adressaient tout juste un regard pour la forme parler de groupes de musiques ou de jeux qui ne m’intéressaient pas. Je n’étais plus obligé de faire semblant, maintenant. 
 
- N’oubliez pas que cette formule est à noter précieusement dans votre cours, et qu’elle sera sûre de retomber le jour de l’examen. 
 
Comme toutes celles que vous nous présentez depuis le début de l’année, monsieur le professeur de maths. C’était bien simple : tout ce qui était dit en cours devait être replacé sur la copie, peu importe la matière. Mes feuilles se remplissaient petit à petit de lettres et de chiffres qui n’avaient pour moi aucun sens réel, à part celui d’un cours obligatoire. Et je pouvais sans hésitation dire qu’il en était de même pour le reste de la classe. Cette matière était présentée comme la plus importante du cursus de Terminale S, mais elle était également la plus inutile en vie quotidienne, et la plus vide. Même si, à mon sens, il en allait de même pour le reste des cours. 
 
- Maintenant, nous allons passer au cours sur les complexes. Hormis le domaine des réels, qui regroupe, comme vous le savez, toutes les autres catégories de nombres que nous avons déjà manipulés, il existe un espace plus vaste encore, et plus intéressant à explorer. 
 
Des faits posés comme ceci devant notre classe, sans plus d’explications sur le pourquoi du comment. Simplement des définitions, des propriétés et autres méthodologie pour s’assurer de remplir les heures laissés à notre disposition sur l’emploi du temps, et sur l’examen de fin de session. Il réelle perte de temps, qu’acceptait sans broncher le moindre élève de cette filière. Au final, nous étions pleinement partisans de notre ennui collectif, mais personne n’oserait l’avouer. 
 
- Oui, tu comprends, ce prof est complètement à la masse ! Il croit véritablement que quelqu’un en a quelque chose à faire de savoir si l’art est forcément engagé politiquement, ou s’il peut exister une véritable forme d’art abstrait. Décidément, c’est une honte d’avoir un prof comme ça ! 
 
Et pourtant, tu es le premier à venir en classe, et à t’asseoir bien sagement au premier rang en faisant mine d’écouter son cours. Je n’aime pas l’hypocrisie, c’est bien l’une des rares choses qui peut me faire réagir. Et même si je ne mêle jamais aux débats, j’aimerais juste qu’ils se taisent tous à se plaindre de leur petite vie où leur seule préoccupation est de savoir si nous aurons cours d’espagnol demain ou pas. Je ne supporte pas tous ces gens qui m’entourent et qui pensent que leur avis est supérieur à celui des autres. Mais je ne dis rien, car je n’ai finalement rien à dire. Et personne ne serait de toute façon là pour m’écouter. 
 
- Quand je pense que j’aurais pu rentrer en moto ce soir…je hais mes parents, ils avaient pas le droit de me faire ça ! 8 en sport, c’est pas la mort quoi ! A croire qu’ils préfèrent faire voir leur fils bien aimé souffrir dans son coin. Déjà que cette journée était merdique… 
 
Non, ce sont simplement des adultes conscients que, si tu veux réussir, tu devrais justement de concentrer un peu moins sur les soirées organisées par tes pots, et te concentrer un minimum sur les devoirs à rendre. Le bus est un véritablement enfer, car on y trouve les pires pouffes du lycée, incapable de se pousser pour laisser passer un personne âgée. Le genre de personnes qui portent du vert fluo uniquement dans l’espoir de se faire remarquer, quitte à écoper de son troisième avertissement. En voilà une que j’enverrais bien à travers un trou noir pour qu’elle ne revienne jamais, ou soit prise dans la plus vicieuse des boucles temporelles. Un peu comme moi. 
 
- C’est pas possible, mon mec me flique, t’as pas idée ! Toujours à me demander où je vais, avec qui, pendant combien de temps…Franchement, je pense que je vais le larguer. On est ensemble depuis un mois, je pense que c’est une bonne période d’essai. 
 
Je ne sais plus où poser mon regard, et quelles conversations éviter. Tous ces gens que je côtoye ne font qu’aborder des sujets inutiles, qui ne trouve jamais de réponses concrètes. Je sais que je ne suis pas le mieux placé pour parler, mais je suis fatigué de me forcer à comprendre toutes ces choses qui leur passent par la tête. Je ne suis pas comme ça, et je n’y peux décemment rien. Et ce n’est pas en me demandant de faire des efforts que cela changera. Je suis moi, parce que je ne suis pas Nathan. 
 
- Alors, qu’as-tu appris d’intéressant aujourd’hui ? me demande mon père alors que nous sommes en train de manger. 
 
Toujours les mêmes questions insipides, uniquement là pour donner l’illusion que nous sommes toujours une famille. Si nous l’avons déjà été un jour, bien évidemment. Ils ont beau montrer leur visage de façade devant les autres, certains ne sont pas dupes. Je ne l’ai jamais été. Je pense à des choses qu’ils ne comprennent pas. J’aborde le monde d’une manière trop différente pour ceux qui m’entourent. Et personne n’a jamais cherché à véritablement comprendre. On s’est contenté de me catégoriser comme fou, et de me cacher aux yeux du reste du monde. Ca aurait pu marcher longtemps sûrement, toute ma vie peut-être. Sauf qu’ils ont perdu le mauvais fils. Et qu’ils devaient se contenter de celui qui restait. 
 
- Que les mathématiques sont la matière la plus importante de mon cursus, me contentais-je de répondre. 
 
Je le vois esquisser un léger sourire, mais je sais pertinemment ce qu’il a en tête. Tout comme ma mère, qui ne perd pas son temps à faire semblant, elle. Peut-être que je lui ressemble, quelque part. Ou peut-être pas. Cela n’a plus la moindre importance. Je ne me suis jamais sentit aussi vide que lors des derniers jours. Tu me manque affreusement. 
 
Je serais toujours avec toi, même si tu ne me vois pas. 
 
J’aurais beaucoup aimé que ce soit vrai. Réellement. Mais tu n’es plus là, ça ne sert à rien de prétendre le contraire. Les jours passent et se ressemblent, se répétant avec une obstination lasse. Je subis tout cela, sans me plaindre ou répliquer. Car je sais pertinemment que les choses ne changeront pas. Elles ne sont pas destinées à changer. Et je continue de donner l’impression que je suis vivant, comme si, à force de le penser, je finissais par y croire. Mais fatalement, c’est une nouvelle journée qui commence. Sans la moindre surprise pour me permettre de les différencier. 
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Brume de Soleil
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PostPosted: Wed 4 Oct 2017, 12:29    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

J’aime tellement cette nouvelle version  !
Les pensées sont plus claires et moins brouillo, et Alex m’a fait sourire plusieurs fois x)
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Evalone
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PostPosted: Wed 4 Oct 2017, 12:45    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Merci beaucoup, ça me fait très plaisir que tu aimes <3 Ca se rapproche beaucoup plus de ma manière d'écrire de la fin de la version précédente :')

Pas trop déstabilisée par le changement ? :3
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Brume de Soleil
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PostPosted: Wed 4 Oct 2017, 12:57    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Non, c’est pour le mieux :)
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Étoile Éristique
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PostPosted: Wed 4 Oct 2017, 13:11    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

J'ai toujours eu envie de lire la première version mais je trouvais pas le temps alors j'avais essayer de suivre cette version gamma parce que ça a l'air vraiment bien et intéressant ^^
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Evalone
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PostPosted: Wed 4 Oct 2017, 13:21    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Tant mieux :3

Oh, une nouvelle lectrice ? Et bien, si cette version réussit à t'accrocher, j'en serais très honorée :)
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Fragou
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PostPosted: Wed 4 Oct 2017, 13:38    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

J'adore ce chapitre **
On attaque pas directement dans le dur, mais on cerne déjà l'état d'esprit d'Alex (même s'il n'est toujours pas nommé je crois bien :'3) de façon très claire. J'ai beaucoup aimé ce chapitre, sans doute parce que je me reconnais beaucoup dans sa lassitude... Bref, ça augure une "remake" vraiment super, bonne continuation <3
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Evalone
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PostPosted: Wed 4 Oct 2017, 13:46    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Hum, effectivement, il n'ait pas nommé dans ce chapitre  Mais ça viendra x) Heureuse que ça te plaise, je peux d'ores et déjà vous dire que cette partie ne fera pas 15 chapitres comme précédemment ^^
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Fragou
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PostPosted: Wed 4 Oct 2017, 14:56    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

C'est pas un mal, ça rajoute du mystère ^^
Aha, hâte de voir ça :D
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Nuage de Lys
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PostPosted: Wed 4 Oct 2017, 17:06    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Je suis contente que tu fasses une autre version parce que j'avais bien envie de lire la première version mais en voyant tout ce qu'il y avait à lire, j'avoue que j'ai abandonné. ^^ Du coup, cette version me permets de lire l'histoire, pour mon plus grand bonheur !
Et pour l'instant j'aime beaucoup, j'ai hâte de lire la suite !
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Evalone
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PostPosted: Wed 4 Oct 2017, 17:19    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Je comprends :3 Heureuse que cela te plaise, en espérant que tu apprécieras ce qui suivra :)
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Evalone
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PostPosted: Fri 6 Oct 2017, 20:44    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

TOME 1 - Regret

PARTIE 1 - Commencement

CHAPITRE 2
 


Les deux seules personnes qui peuvent encore se vanter de m’atteindre sont très différentes l’une de l’autre. Le premier est un garçon d’un an mon aîné, qui vénérait Nathan. Il était tout pour lui : un meilleur ami, un confident…sans doute plus encore. Et il ne m’a jamais aimé. J’aimerais dire que c’est réciproque, mais je ne suis pas certain d’avoir déjà ressenti quelque chose de sincère envers quelqu’un qui ne soit pas lui. Quant à la deuxième, c’est une fille que nous connaissions depuis notre enfance, et qui l’aimait d’un amour sincère. Qui n’a cependant jamais pu être reconnu ou accepté. Et je reste persuadé qu’elle m’en veut pour cela, sans jamais oser le montrer. Ce sont des êtres très différents, que j’ai côtoyé pendant longtemps quand il était encore là. Parce qu’il ne me laissait aller nulle part seul. Il voulait toujours pouvoir garder un œil. Ce que je n’ai jamais comprit. 
 
- Ils vont bientôt donner leur spectacle ! s’exclama une fille de seconde. Ca va être splendide. Il paraît que c’est la répétition générale dans quelques jours. 
 
Alice a toujours aimé se mettre en scène, sans pour autant que cela ne paraisse provocateur. Toute petite déjà, elle adorait se déguiser et s’imaginer dans la peau d’un autre. A force de constamment porter un masque pour satisfaire les autres, je me demande si elle possède encore un visage qui lui est propre. On dit d’elle qu’elle est douée, mais ça ne m’a jamais vraiment intéressé. Pour moi, tout cela n’est plus factice que la comédie à laquelle j’assiste quotidiennement. 
 
- Il paraît qu’il a encore été pris dans une bagarre, chuchota un élève d’une voix légèrement apeurée. Il fait peur, c’est bien quelqu’un dont je ne m’approcherais pas. 
 
Matte, quant à lui, a toujours été de nature hostile et agressive, comme s’il considérait le monde environnant comme son ennemi. Ainsi, il s’est souvent retrouvé mêlé à des règlements de compte entre élèves, et ce depuis bien avant de rencontrer mon frère. Je ne sais pas vraiment ce que ce dernier lui a trouvé, d’ailleurs. Il a tenté de m’expliquer, une fois. Qu’il avait l’impression de se reconnaître en lui, et qu’il le fascinait. Car il était capable d’exprimer toute sa colère et son mal être au monde sans se sentir obligé de faire bonne figure. Nathan, lui, ne s’est jamais énervé. S’il n’avait pas été aussi calme, je doute que nos parents aient été aussi gentils avec lui. 
 
- J’espère qu’il ne sera pas là aujourd’hui, il me file la trouille avec son visage inexpressif. Franchement, il est trop flippant. 
 
Quant à cette description, elle est pour moi. Chaque année, les élèves se surprennent à remarquer ma présence en début d’année, mais détournent bien vite le regard. Pas envie d’avoir affaire à l’anomalie ambulante de ce lycée. Ce genre de remarques ne me dérange pas, quand bien même je ne peux pas les ignorer. Simplement, elles ne me touchent plus du temps. Nathan m’a appris à ne plus faire attention aux regards des autres, et de simplement agir naturellement. Ce qui est déjà un bien grand mot en soi. Mais depuis qu’il n’est plus là, tout est devenu bien plus facile de ce côté-là. 
 
- Tu sais ce qu’on raconte, il a perdu son frère jumeau l’année dernière. C’est sûrement pour ça. 
 
Tous ces gens qui ne me connaissent pas pensent pouvoir expliquer mon attitude avec des raisons aussi simples. Oui, Nathan est mort il y a moins d’un an, et cela m’a grandement perturbé. Mais j’ai toujours été ainsi. L’enfant qui ne décoche pas un sourire, toujours déconnecté du monde, beaucoup trop buté pour pouvoir être éduqué, et j’en passe. C’est toujours la même rengaine, et ça en deviendrait presque fatiguant. Je n’ai pas désiré naître ainsi, c’est uniquement ce que je suis. Et le seul qui parvenait à l’accepter n’est plus là aujourd’hui. Je me retrouve seul avec mes questions sans réponses. 
 
- Oh, Alex…je ne m’attendais pas…à te croiser ici… 
 
Alice se tient devant moi, un air embarrassée sur le visage. Non, elle ne s’attendait pas à me croiser, et ne le voulait surtout pas. Elle était aussi hypocrite que les autres, à jouer la petite fille gentille et naïve, juste pour qu’on la prenne un peu plus en pitié. Tout ça dans son propre intérêt, afin de me discréditer davantage aux yeux des nouveaux. Certains avaient tenté de m’approcher, de me parler, mais ils avaient vite déguerpis comme si de rien n’était. Les rumeurs sur mon compte étaient légions, mais je n’y prenais plus garde. Je connaissais la vérité, c’était le plus important. Personne ne m’avait jamais cru de toute façon. 
 
- Tu n’es pas si bonne actrice qu’on le dit, Alice, lâchais-je alors. Ne te force pas à être compatissante envers moi, tu te fais du mal. 
 
Un éclair de surprise passa dans son regard, avant qu’elle ne se compose un visage beaucoup plus neutre. Aux vues de ses traits, je pouvais même y lire une certaine rancœur, et de la colère mal dissimulée. Je faisais parti de ce genre de personnes capables de lire dans le regard des autres, sans avoir besoin de grands discours. Ils étaient faciles à déchiffrer, puisque tous conçus sur le même modèle, et employant les mêmes tactiques pour se protéger. Sans avoir pris conscience que c’était parfaitement inutile. 
 
- Pourquoi es-tu encore là, après tout ce que tu as fait ? Tu ne crois pas qu’on souffre déjà suffisamment sans être obligé de te voir te promener dans les couloirs comme un fantôme. 
 
Mon regard ne se déroba pas au sien, la rendant sans doute encore plus à l’aise. On gagnait l’ascendant sur une personne à partir du moment où on prenait la domination dans la discussion. Et Alice ne me faisait absolument pas peur. Je savais ce qu’elle pensait, comme tous les autres. 
 
- Ce n’est pas parce que tu t’es faite jetée que c’est à moi d’en subir les conséquences. Puisque tu ne sembles pas avoir compris, c’est le principe des jumeaux d’être semblables physiquement. 
 
A ma pique, je la vis rougir un peu, sans doute offusquée par ce que je sous-entendais. Nathan ne l’aimait pas, et il lui avait fait comprendre. Il a fait un choix entre moi, et son affection pour elle. Et je n’en retire pas la moindre arrogance. C’est juste un fait, indéniable et incontestable. Mais c’est justement cela qu’elle n’est pas capable d’accepter. Elle n’était pas sa préférée. 
 
- Heureusement qu’il n’était pas aussi infecte que toi ! s’écria t-elle alors, la voix tremblante. 
 
Non, puisque nous étions différents. Ce genre de remarques me paraissait bien étrange : pourquoi les gens se persuadaient-ils que des jumeaux devaient forcément être identiques en tout point ? Si nous avions pu l’être, ça aurait arrangé beaucoup de monde. Pas besoin de faire face aux caprices d’un enfant instable qui ne vous écoute pas, n’est-ce pas ? 
 
- Depuis le temps, tu aurais dû comprendre que ce n’est pas ce genre de paroles qui me fera changer. Il ne vous a pas choisit car vous ne lui étiez pas indispensables. Faîtes votre deuil, et vous souffrirez moins. 
 
A peine eus-je finit de parler que je sentis une violente douleur me traverser la mâchoire. Ma tête heurta violement le mur qui se trouvait derrière moi, avant que je ne m’y laisse glisser. Quoi encore ? Ca aussi, c’était trop dur à entendre pour cet idiot ? Décidément, j’aurais presque préféré mourir pour ne pas avoir à subir ce genre de stupidité. Sortit de nulle part, Matt se tenait là, devant moi, le poing serré. 
 
- Comment tu peux oser sortir ce genre de phrases sans tressaillir ? me cracha t-il avec colère. 
 
Derrière lui, je pus discerner une lueur triomphale dans le regard d’Alice. Que je lui ressemble physiquement la dérangeait terriblement, mais que ce même visage se fasse endommager de la sorte la rendait satisfaite ? Imbécile. Me tenant la joue, je posais alors mon regard sur Matt, qui semblait peiner pour se contenir. Amusant, il aurait presque pu être crédible. 
 
- C’est un fait, en quoi cela vous dérange t-il autant ? Nathan est mort, fin de l’histoire. Qu’attendez-vous de moi au juste ? 
 
Matt écarquilla légèrement les yeux, mais ne réattaqua pas. Il ne le pouvait tout simplement pas. Pas alors que je lui ressemblais comme deux gouttes d’eau : mêmes yeux, même coiffure, mêmes proportions…Si je n’étais pas comme ça, j’aurais pu être un Nathan de remplaçant. Ce que je n’avais jamais eu envie d’être. Nathan était mort, point. 
 
- Ce qu’on attend ? Ce qu’on attend ?! Comment peux-tu être aussi insensible à la situation ? Tu as toujours été à côté de la plaque, mais ça ne s’excuse même plus à ce niveau-là ! 
 
Je me contentais de cligner des yeux, attendant une autre réplique qui ne vint pas. Donc, il avait dit tout ce qu’il avait à dire. Parfait. Cette conversation commençait à me donner mal au crâne, puisqu’elle ne mènerait de toute manière absolument à rien. Ils étaient persuadés d’avoir raison me concernant, de toute savoir sur moi, et n’en démordrait pas. Soit. Je n’avais donc plus rien à faire ici. 
 
- Je n’ai jamais compris comment Nathan pouvait supporter votre présence, lâchais-je en les toisant du regard, me relevant pour m’appuyer contre le mur. Mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il a fait un choix avant sa mort, qui ne changera pas simplement parce que vous êtes contres. On n’est pas obliger de pleurer pour être malheureux. Le jour où vous comprendrez que je ne peux pas m’exprimer comme vous, peut-être que vous vous calmerez. En attendant, vous me donnez simplement l’impression d’être pitoyables. 
 
Je ramassais mon sac, tombé lors du coup de Matt, avant de les contourner sans rien ajouter de plus. Ils semblaient trop abasourdis pour réagir, ou pour tenter de discuter une nouvelle fois. Il ne fallait pas chercher à aller plus loin avec moi, je n’étais tout simplement pas capable de certaines choses. Et cela me convenait parfaitement. Je n’avais jamais rien était d’autre, je ne pouvais donc pas désirer être chose. Et si c’était pour devenir comme ces deux-là, je préférais encore être isolé dans un coin.
 
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PostPosted: Sat 7 Oct 2017, 17:32    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

L'histoire est vachement plus différente là. Je m'attendais pas à ça °° Mais ça reste tout de même tresinterressant, j'ai hâte de voir les personnages du monde de Nunnally ! ^^
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Evalone
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PostPosted: Sat 7 Oct 2017, 20:07    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Oui, mais c'est plus cohérent avec ce que je vais raconter :3 Mais je comprends que ce soit déstabilisant
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Fragou
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PostPosted: Sun 8 Oct 2017, 12:16    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Aw, une méchante Alice :v Ca lui va très bien, j'aime beaucoup cette nouvelle tournure que prend l'histoire <3
Et Alex ** Vraiment, je l'adore **
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~ J'me sens coupable d'avoir été lors d'une vie antérieure l'une de ces charmantes petites créatures qu'on rencontre au fond des bouteilles de mescal et d'en ressentir à tout jamais un sentiment mélancolique de paradis perdu ~
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Evalone
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PostPosted: Sun 8 Oct 2017, 12:45    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Merci beaucoup, ça me fait plaisir :3
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PostPosted: Sun 8 Oct 2017, 15:01    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Bah moi je peux pas comparer avec l'ancienne version, mais en tout cas j'aime toujours autant ! ^^
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Déesse
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PostPosted: Sun 8 Oct 2017, 15:10    Post subject: Nunnally [version gamma] Reply with quote

Je suis contente que tu reprennes tout, comme ça je vais enfin pouvoir suivre l'histoire de A à Z. :3
Bon courage dans l'écriture gamma ! :3
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