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Evy's Away

 
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Mistral
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MessagePosté le: Mar Jan 9 2018, 19:52    Sujet du message: Evy's Away Répondre en citant

PublicitéSupprimer les publicités ?
Oulahah bonjour les gens, est-ce que je reviens sur le forum après quinze mille siècles d'absence ? Oui. J'espère que personne ne se souvient de moi. Ceci être petite histoire par moi qui traîne depuis pas mal de temps et je recherche des avis constructifs pour m'améliorer (majoritairement, si vous voulez m'aggresser avec des smileys je jeterai pas de malédiction sur votre famille promis). C'est pas très glorieux ni joyeux ni cohérent (comme moi lauwle) mais j'espère croire qu'on peut passer un bo... un moment devant. Also je publie dans une police un peu plus grande parce que j'ai pas envie que vous deveniez aveugle à cause de moi.
ça marche pas RIP vos yeux



Et also(bis) je tiens à avertir de propos/scènes violentes ou répondant peu à la morale. Je peux pas trop développer pour pas me spoiler bêtement ma propre histoire mais en gros violence/suicide/viol/dépression/inceste/drogue blablabla attention. (Un jour j'ai essayé d'écrire sur des trucs mignons mais j'ai pas réussi oops)


Et also(bisx2) pardonnez la mise en page parfois foireuse mais j'y peux rien c'est mon ordi qui fait des siennes mon absence de talent qui s'exprime à-travers ce forum.
Citation:
Evy's away


Ils m'accusent tous du seul crime que je n'ai pas commis. J'ai pourtant juré que je ne l'ai pas tuée. Je vais crever en taule à vingt-trois ans. Final peu glorieux pour un spectacle approximatif. Tout a commencé avec la mort d'Evy. Si elle ne s'était pas tuée tout serait encore dans l'ordre, mais ma vie entière est partie en fumée quand elle a sauté sous ce train. Je vais crever ici, alors il est temps que je raconte mon histoire.





Quarante-septième jour derrière les barreaux. La taule, ça fait ressasser les souvenirs. Parce qu'on a rien d'autre à faire.


Je crois que je regrette ce que j'ai fait, maintenant. Ou peut-être pas. Les cachets qu'ils me donnent me font dormir tout le temps mais me tiennent éveillés la nuit et je sais pas quoi faire, alors je regarde par les barreaux et je pense à Evy. Ça fait longtemps que j'ai pas pensé à elle, bizarrement. Alors que tout ça, tout ce qui s'est passé, ça a commencé quand elle est partie.


J'ai du mal à imaginer ce qu'aurait été ma vie si elle avait encore été là. Si ils ne m'avaient pas traîné dans la boue et tenté de me tuer. Il parait que c'est le traumatisme qui m'a fait débloquer. Moi je pensais que c'était la cellule psy, les murs blancs, le sol, le plafond, la camisole.


L'Enfer.


Mais les hôpitaux sont pleins alors j'ai fini en prison. Cellule d'isolement. Les menottes pour la promenade. Les jours se ressemblent tous atrocement et avant que je ne m'expédie de l'autre côté, j'ai envie de raconter mon histoire. Pour passer le temps avant d'avoir assez de cachets et de tenter l'overdose. Voilà ce que j'ai accompli.




Personne est mort  
 
 
sauf la p'tite flamme qui vacille en moi 
 
 
- Dooz Kawa, L'amour assassiné 
 
 

J'étais en train de dormir. Encore. Le temps passe plus vite, de cette façon. Perdu dans mes rêves, là où personne ne peut venir me chercher. Malgré les cauchemars, c'était agréable de se réveiller dans un monde un temps soit peu plus accueillant que celui de mon subconscient agité.


Encore une nuit comme les autres. Pour moi, c'était toujours la nuit. Mes volets étaient clos depuis un temps inconsidéré. Peu importe le temps qu'il fait, l'heure qu'il est, peu importe. C'est partout toujours la nuit. Pour faire écho à mon esprit. Quand j'avais encore de quoi boire, je m'enfermais dans ma torpeur alcoolisée des dizaines d'heures durant. Désormais, je n'ai même plus de cigarettes. Les mégots, tels des vestiges poussiéreux d'une vie passée, gisaient dans un cendrier débordant, près de moi, sur la table.


J'étais incapable de dormir sur notre lit. Trop de souvenirs qui ont cessé de remonter pour s'oublier dans les méandres de la mémoire. Désormais, il ne me restait plus qu'un arrière goût de sang, de cendres et de désespoir en bouche quand je tentais de me rappeler. Peu importe le passé, il était là que je ne pouvais presque plus mettre un pied dans notre chambre. Pourquoi y serais-je allé, finalement ? Plus rien ne m'y rattachait.


Ainsi donc, je dormais encore quand on a toqué à la porte. Pour la première fois depuis des années, me semblait-il. Ou peut-être depuis quelques jours. Qui sait ? Le compte du temps qui passe est différent, ici. Quand ma télé marchait encore, j'évitais la chaîne d'informations comme la peste. Mon monde venait de s'écrouler, alors je n'avais pas besoin de savoir ce qu'il en était de celui des autres.


Il faisait chaud. J'étais enroulé dans les draps minables de mon canapé, les yeux rivés au plafond. Sursautant, tremblant, méfiant comme un animal sauvage, je suis resté immobile. Il était probable que ce soit encore des hallucinations. Dans ma tête, elle était toujours là.


Mais les coups redoublèrent d'intensité contre la porte. Ça faisait si longtemps que je ne l'ai pas ouverte. Puis, au-dessus des coups, une voix. Je la connaissais. J'en étais certain. Mais à qui appartenait-elle ? Ma mémoire était en panne sèche.


- Daniel ? Daniel, réponds-moi, c'est moi ! Tu peux pas rester comme ça, vieux, t'es resté trop longtemps enfermé.


Parlait-t-il de mon appartement trois pièces miteux, de ma propre tête ? J'étais enfermé en moi-même dans un espace déjà clos. Autant-dire qu'il était impensable de sortir.


Mais quand même, je connaissais cette voix. Les quelques brides de souvenirs raccrochés à elle n'étaient pas particulièrement mauvaises : des bars, des boîtes de nuit, des après-midi somnolents, des fumées de cigarettes, une salle de classe. Je me décidai à me lever. Autour de moi, la Terre se mit à pivoter, les meubles à s'obscurcirent un peu plus qu'ils ne l'étaient déjà, mélange brumeux et flou dans le paysage bouleversé. Je posai une main contre le mur pour calmer mon vertige, le front tout contre la surface froide et rugueuse.


Je me guidai plus au son des coups à la porte d'entrée qu'à ma propre capacité à ma déplacer. Me cognant aux murs, désorienté, j'avançai à tâtons, en trébuchant. Dans le minuscule vestibule qui servait d'entrée, je me pris le porte manteau dans le pied qui se renversa brutalement avec un grand bruit. Derrière la porte, il y eut un temps d'arrêt.


- Daniel ? C'est toi, mec ? 


Toujours incapable de prononcer un mot, j'ai tenté de tourner le verrou dans la porte. La vue du porte clef - une Minie qu'elle avait acheté à Paris, une Minie en robe rose à pois blancs qu'elle me montrait en la tendant devant mes yeux, elle avec sa glace à la vanille qui coulait entre ses doigts - m'a serré le cœur et rouvert une petite cicatrice dans l'océan de mes blessures.


J'ai ouvert la porte avec lenteur, accroché au mur comme un matelot au mât de son navire. Dans la cage d'escalier, la mine décomposée, se trouvait mon ancien camarade de fac. Son nom ne me revenait pas. Il a eu un sourire soulagé en voyant la porte s'ouvrir mais avait écarquillé les yeux en posant son regard sur moi : dépravé, sale, muet et malade, le regard vide et fixe. L'état de mon appartement, aussi. Mais je ne m'en rendais pas compte.


Il est resté quelques secondes abasourdi, alors que je commençais à sentir mes jambes trembler ; il est alors entré en trombes et a passé une main secourable sous mon épaule. Il me parlait d'une voix complaisante et douce, dégageait les bouteilles vides et les sacs poubelles de notre passage. Sa voix était agréable et gentille. J'ai voulu le lui dire, mais j'étais toujours incapable de prononcer un mot.


Il m'a assis sur le canapé et a dit bouge pas je vais te chercher un truc à boire. J'ai voulu lui dire qu'il n'y avait plus rien, que toutes les bouteilles étaient vides. Il a d'abord ouvert le bar minable au coin de la pièce, celui que j'avais trouvé aux puces pour dix euros ; puis il s'est installé à côté de moi, l'air miteux. Le temps s'écoulait différemment. Les secondes étaient trop longues pour être considérées comme tel. J'avais un goût désagréable de sang sur la langue.


- Y'a plus rien à boire, hein. J'aurais bien besoin d'un verre quand même. C'est un peu parti en couille ces derniers temps. Avec ma mère. Tu sais, on l'avait mis dans cette institution et elle aimait pas ça. Ma sœur allait la voir souvent, tu sais, mais...


Je ne l'écoutais pas vraiment, concentré sur un point fixe du mur d'en face, et j'ai mis longtemps avant de me rendre compte qu'il pleurait. Complètement désemparé, je l'ai regardé avec l'air de quelqu'un assommé. Voilà un temps inconsidéré que j'étais seul, et là ce gars qui arrive sur mon canapé et qui pleure ? Je ne me souvenais pas de lui, encore moins de sa sœur ou sa mère. Quand à ces larmes... Je ne pouvais rien faire. J'avais oublié comment faire pour consoler les gens. Tant pis.


Il s'est mouché avec un essuie-tout qui traînait sur la table et a sorti deux cigarettes de sa poche. Heureux de pouvoir faire quelque chose moi-même, j'ai déniché mon briquet dans le bordel de ma table basse et ai allumé sa clope puis la mienne. On a fumé en silence. Pendant quelques minutes, il a tiré sur sa cigarette en fixant le sol d'un air triste. D'un coup, il a dit quelque chose que je n'ai pas compris et s'est levé pour ouvrir la fenêtre en grand. Une vague de chaleur, un vent agressif qui s'engouffre dans la pièce. J'ai écouté, presque paniqué, le bruit de la circulation de la ville. Les voitures, les motos, le tintement de tram, les passants. Les pas qui claquaient sur le trottoir.


Quand mon ami a terminé sa clope, il l'a écrasée dans le cendrier et s'est replongé dans l'observation de mon salon. Finalement, il s'est redressé à demi et m'a parlé :


-  Dis, t'aurais vraiment pas quelque chose à boire ? N'importe quoi ? 


J'ai vaguement hoché la tête et suis allé dans la cuisine. La porte du frigo s'est ouverte en grand, allant claquer contre le plan de travail, juste derrière. À l'intérieur : un pot de Ketchup vide, des coquilles d'œuf, une assiette de bouffe pour chat. J'avais un chat ?


Depuis combien de temps c'était comme ça ? Depuis combien de temps je n'avais rien avalé ? Dérangé, j'ai rempli d'eau un verre posé sur la table et l'ai emmené dans le salon. Au regard du visiteur, il pensait à quelque chose de plus fort, mais c'était tout ce que j'avais. Encore quelques instants qui s'écoulent, un verre vidé et posé un peu brutalement sur la table, et il se décida à continuer son histoire. J'avais à moitié oublié le début.


- J'avais toujours dit que c'était une mauvaise idée, tu vois. Elle avait besoin de nous - parce que, toute seule, elle perdait encore plus la tête. Elle avait déjà fait deux TS, alors la placer là ? Mauvaise idée du siècle.


J'ai hoché la tête. Bien sûr, j'avais à moitié saisi : à la troisième elle a avait réussi et reposait aujourd'hui sur le lit froid de la morgue. Assez étrange que lui vienne me voir en premier ; moi qui...


- Tu dois te demander pourquoi je suis venu te voir à toi ? Tu sais, cette année à la fac on s'entendait tellement bien et avec elle aussi... enfin, ouais. J'avais plus de nouvelles de toi. Et puis je commençais à te connaitre. Tu me dis que tu vas chez ta tante faire ton deuil ? Ça te ressemble tellement peu, j'étais presque certain de te trouver ici. Et puis, ça aurait été si mal venu de venir plus tôt mais - regarde l'état dans lequel je te retrouve. (Il s'est tut quelques secondes puis a allumé une nouvelle cigarette.) J'm'en veux un peu de pas être venu plus tôt, tu sais. 


Puis, il n'a plus rien dit. Ses yeux noirs brillaient d'une lueur étrange. J'ai replié mes jambes contre mon torse et l'ai laissé allumer la télé. Il était trois heures dix.


Cinquante-deux jours plus tard.



On a passé des heures devant la télé. Vers onze heures, alors que tous les programmes intéressants avaient laissé place à des mauvais films de cul et du télé-achat, j'ai zappé une à une toutes les chaînes pour tomber sur un truc de classique. La Sérénade de Tchaikovsky s'éleva peu à peu dans le silence de la nuit. Avant, elle et moi, nous jouions du piano pendant des heures d'affilées. Elle adorait Chopin. Mon niveau était bien inférieur au sien, alors je restais souvent là à l'écouter, le menton dans la main. Ses cheveux blonds qui voletaient un peu sous la brise du soir, ses mains agiles, ses yeux clos.


Les notes s'entrechoquaient dans mon esprit. S'il m'avait resté des larmes, j'aurais pleuré. À mes côtés, mon ami s'était endormi, la tête contre mon épaule. Il respirait bruyemment, la bouche entrouverte. Délicieusement perdu dans la mélodie romantique, je fermai moi aussi les yeux. Être en compagnie de ce gars était la chose la plus étrange qu'il me fut arrivée depuis un temps considérable. Je sentais que ma solitude venait de se briser. Et je ne savais pas encore si c'était une bonne chose ou non.


Alors que minuit était passé depuis des dizaines de minutes, mon visiteur s'est redressé de manière si soudaine que j'ai sursauté. Les yeux fatigués mais la mine enjouée, il s'est levé et a jeté un regard circulaire autour de la pièce. Je l'observais avec curiosité quand il se retourna et me tendit la main, souriant.


- Bon, allez viens, mon vieux. Faut te remplir l'estomac, j't'invite à manger quelque part. Doit bien y avoir une épicerie de nuit ouverte quelque part.


J'avais envie de lui dire que je n'avais pas faim, mais il semblait décidé et me tira à moitié à-travers le salon. Il buta sur une bouteille brisée et jura.


- Faudra ranger tout ça aussi. Comment tu veux vivre là-dedans ? 


Verrouiller la porte d'entrée me donnait envie de vomir. J'avais été tranquille dans mon trois pièce pendant tout ce temps. À zoner dans mon canapé, fixant l'écran noir, dans le noir des volets fermés. Dans le noir de mon esprit, embrouillé par l'alcool. L'air irrespirable, saturé de relents de tabac. Les journées passaient vite alors que je pensais à elle. À tous les souvenirs qui s'accrochaient aux murs. Ce tableau minable d'art abstrait sensé représenter la violence intérieur qu'elle avait insisté pour acheter à Tante Agnès et qu'elle avait au final accroché ici après une dispute avec ladite tante ; le lustre qu'elle trouvait laid et les remarques qu'elle faisait à son propos chaque fois qu'elle rentrait dans la pièce ; l'habitude qu'elle avait à écraser ses cigarettes dans les tasses de café vides et ses jambes sur les miennes, à regarder des vieux westerns le samedi soir - tout me la rappelait, tout me faisait mal.


L'autre me poussa dans l'ascenseur. Avec son habituel sourire sur les lèvres, il débitait un flot de paroles interrompu. Que voulais-je manger, est-ce que j'avais reçu les lettres de la fac, quand était la derrière fois que j'avais pris une douche (remarque faite alors que nous m'observions dans la vitre de l'ascenseur : teint blanc, yeux rougis, cheveux collés aux tempes, joues creuses, regard vide et douloureux).


Nous sommes sortis dans la rue. Moi, que même la lumière des toilettes aveuglait, étais assez satisfait qu'il fasse nuit et que les rues soient quasiment vides. Une musique discrète sortait de part une fenêtre au premier étage. C'était plus calme que dans mes souvenirs. Malgré l'heure tardive, il faisait encore chaud et la nuit était claire.
Au final, mon ami a laissé de côté l'idée de m'offrir quelque chose à manger dès que nous avons croisé le chemin d'un bar ouvert. Il en avait autant besoin que moi. Son débit trop rapide, ses joues rouges, son ton précipité. Je me sentais mal à marcher dans les rues. L'air m'étouffait, les trottoirs étaient trop étroits. Rentrer dans un endroit confiné ne fut pas beaucoup plus agréable.


Trop de lumières, trop de musiques, de voix. Je tanguais un peu, perché sur le tabouret du bar, alors que je n'avais pas encore bu une goutte d'alcool. Je me tenais au rebord de la table, puis les premiers verres sont apparus. Mon ami (il a tendu la main au barman avec sa bonhomie habituelle et lui a prié appelle-moi Marc, mon vieux) commandait pour moi, me faisant glisser les verres vers moi d'une main, descendant les siens de l'autre. Peu à peu, Marc a abandonné la conversation pour se contenter de boire jusqu'à plus soif, les yeux brillant d'une tristesse que je ne connaissais que trop bien. De quoi avions-nous l'air, lui et moi ? Deux silhouettes côtes à côtes, assis l'échine courbée, les yeux au fond de nos verres, sans un mot.


J'ai très vite perdu le compte des verres, mais ne m'arrêtai pas de les boire. Peu à peu, je sentais mes doigts s'engourdirent et mes yeux peser lourd. Je tanguais sur ma chaise : gauche, droite, gauche... Les bruits extérieurs ont disparus, si bien qu'à la fin je n'entendais plus que le vrombissement agréable de la climatisation. Même les cris des supportaires de foot, qui fixaient la télé juste au-dessus de nos têtes, ne m'atteignaient plus.
Très peu de souvenirs me restent de cette nuit-là. Une vague sensation désagréable en bouche, beaucoup trop d'alcool, les néons et les flashs colorés. Ce que nous avons fait dans le bar, plus aucune idée. Un trou noir, jusqu'au moment où - ça je m'en souviens - nous étions assis sur le trottoir, contre une façade. Il ne faisait pas encore jour, Marc ronflait, allongé sur moi qui fixait le ciel au point de m'aveugler.


J'avais la pire gueule de bois de toute ma vie. Il me fallait me concentrer de toutes mes forces pour rester conscient. Je n'avais rien à vomir, mais le mal de tête que je me tapais aurait pu assommer un taureau. Le visage rejeté en arrière, j'observais en détail le soleil levant. Il faisait de moins en moins froid, j'étais loin de chez moi et l'appartement me manquait terriblement. Vague souvenir d'avoir pris le métro hier. Mais peut-être ais-je rêvé.


Je ne saurais dire combien de temps nous sommes restés assis là ; en tout cas, quand nous nous levâmes, l'aurore était à son apogée et les braves citoyens sortaient de chez eux pour accomplir leur rude journée de labeur productif. Rien ne m'atteignait. J'étais enfermé dans ma douleur, et cette escapade alcoolisée n'y changerait rien. Comme ça faisait des jours et des jours que c'était de la sorte, j'étais persuadé que ce serait pareil jusqu'à la fin de ma vie. Ce n'était pas imaginable autrement.


Nous avons ensuite pris le métro jusqu'à vers chez moi. Le plus difficile était derrière nous, à tenter de se repérer sur les plans de la ville. Nous n'étions pas très loin de la mairie et après une dizaine de minutes de voyage, où je devais me tenir à la barre pour ne pas tomber avec Marc qui maintenait ses doigts fort contre ses tempes et les travailleurs matinaux qui nous regardaient comme si nous symbolisions toute la déchéance de cette nouvelle génération fêtarde et sans travail, nous avons retrouvé les quartiers familiers.


Il a choisi une petite pâtisserie à l'Est de mon appartement. Il m'était presque insupportable de marcher dans les rues si fourmillantes. Les passants m'effleuraient, me poussaient, me pressaient sans cesse à renfort de "Pardon" et d'"Excusez-moi". Marc semblait aussi mal en point que moi et je n'étais pas certain qu'une boulangerie soit le meilleur endroit au monde pour accueillir deux jeunes hommes encore copieusement ivres.


Néanmoins, nous sommes rentrés. La clochette annonça notre arrivée et nous fûmes aussitôt charmés par le délicieux fumet de pain chaud et de chocolat fondu. Une radio débitait la fréquence d'une émission matinale débile. "Très bien Martine, et maintenant nommez moi trois états des États-Unis pour avoir la chance de repartir avec la somme exceptionnelle de mille euros !" Nous nous sommes installés à une table dans le fond. La lumière agressait mes pupilles sensibles tout comme une telle proximité avec d'autres êtres vivants attaquait mes nerfs.


Marc est allé commander. Silencieux et absent, il est revenu avec deux cafés et une baguette de pain.


- Je me suis dit que ça te ferait plaisir de manger quelque chose de chaud. 


L'intention me toucha. Lassé de touiller mon café brûlant, mourant de faim, j'ai attaqué le pain presque en ronronnant de bonheur. Marc, pour une fois, ne tentait pas de faire la conversation. Il restait fermé, fixant l'intérieur de sa tasse en carton biodégradable, sans toucher au pain. Lentement, quelques souvenirs me revenaient. Cette année passée à la fac avec lui. Des éléments insignifiants coulaient des tuyaux bouchés de ma mémoire. Ce déjeuner précipité sur l'herbe du campus que nous avions dévorés comme des animaux, un peu dans le même contexte que ce chaotique jour de juillet.


- En ce beau jour ensoleillé, avez-vous prévu d'aller au feu d'artifice, Martine ?


- Écoutez, Gérard, disons que quand les enfants décident d'y aller on ne peut pas refuser !


- Oui, c'est tout de même la fête nationale, n'est-ce pas, Martine ? disait le commentateur radio.

___________________/_/_/
"Where does it ever say, anywhere, that only bad can come from bad actions? Maybe sometimes— the wrong way is the right way? You can take the wrong path and it still comes out where you want to be?

As long as I am acting out of love, I feel I am doing best I know how."


- The Goldfinch by Donna Tartt

Dernière édition par Mistral le Dim Juin 3 2018, 16:20; édité 2 fois
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MessagePosté le: Mer Jan 10 2018, 13:06    Sujet du message: Evy's Away Répondre en citant

Intriguant, je me demande ce que ça va donner :3
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~ J'aurais fait n'importe quoi pour qu'il conserver ce sourire qui lui allait si bien. N'importe quoi ~
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MessagePosté le: Dim Juin 3 2018, 16:18    Sujet du message: Evy's Away Répondre en citant

Merci ! La suite sur un plateau pour messieurs.




On a passé des heures devant la télé. Vers onze heures, alors que tous les programmes intéressants avaient laissé place à des mauvais films de cul et du télé-achat, j'ai zappé une à une toutes les chaînes pour tomber sur un truc de classique. La Sérénade de Tchaikovsky s'éleva peu à peu dans le silence de la nuit. Avant, elle et moi, nous jouions du piano pendant des heures d'affilées. Elle adorait Chopin. Mon niveau était bien inférieur au sien, alors je restais souvent là à l'écouter, le menton dans la main. Ses cheveux blonds qui voletaient un peu sous la brise du soir, ses mains agiles, ses yeux clos.


Les notes s'entrechoquaient dans mon esprit. S'il m'avait resté des larmes, j'aurais pleuré. À mes côtés, mon ami s'était endormi, la tête contre mon épaule. Il respirait bruyemment, la bouche entrouverte. Délicieusement perdu dans la mélodie romantique, je fermai moi aussi les yeux. Être en compagnie de ce gars était la chose la plus étrange qu'il me fut arrivée depuis un temps considérable. Je sentais que ma solitude venait de se briser. Et je ne savais pas encore si c'était une bonne chose ou non.


Alors que minuit était passé depuis des dizaines de minutes, mon visiteur s'est redressé de manière si soudaine que j'ai sursauté. Les yeux fatigués mais la mine enjouée, il s'est levé et a jeté un regard circulaire autour de la pièce. Je l'observais avec curiosité quand il se retourna et me tendit la main, souriant.


- Bon, allez viens, mon vieux. Faut te remplir l'estomac, j't'invite à manger quelque part. Doit bien y avoir une épicerie de nuit ouverte quelque part.


J'avais envie de lui dire que je n'avais pas faim, mais il semblait décidé et me tira à moitié à-travers le salon. Il buta sur une bouteille brisée et jura.


- Faudra ranger tout ça aussi. Comment tu veux vivre là-dedans ? 


Verrouiller la porte d'entrée me donnait envie de vomir. J'avais été tranquille dans mon trois pièce pendant tout ce temps. À zoner dans mon canapé, fixant l'écran noir, dans le noir des volets fermés. Dans le noir de mon esprit, embrouillé par l'alcool. L'air irrespirable, saturé de relents de tabac. Les journées passaient vite alors que je pensais à elle. À tous les souvenirs qui s'accrochaient aux murs. Ce tableau minable d'art abstrait sensé représenter la violence intérieur qu'elle avait insisté pour acheter à Tante Agnès et qu'elle avait au final accroché ici après une dispute avec ladite tante ; le lustre qu'elle trouvait laid et les remarques qu'elle faisait à son propos chaque fois qu'elle rentrait dans la pièce ; l'habitude qu'elle avait à écraser ses cigarettes dans les tasses de café vides et ses jambes sur les miennes, à regarder des vieux westerns le samedi soir - tout me la rappelait, tout me faisait mal.


L'autre me poussa dans l'ascenseur. Avec son habituel sourire sur les lèvres, il débitait un flot de paroles interrompu. Que voulais-je manger, est-ce que j'avais reçu les lettres de la fac, quand était la derrière fois que j'avais pris une douche (remarque faite alors que nous m'observions dans la vitre de l'ascenseur : teint blanc, yeux rougis, cheveux collés aux tempes, joues creuses, regard vide et douloureux).


Nous sommes sortis dans la rue. Moi, que même la lumière des toilettes aveuglait, étais assez satisfait qu'il fasse nuit et que les rues soient quasiment vides. Une musique discrète sortait de part une fenêtre au premier étage. C'était plus calme que dans mes souvenirs. Malgré l'heure tardive, il faisait encore chaud et la nuit était claire.
Au final, mon ami a laissé de côté l'idée de m'offrir quelque chose à manger dès que nous avons croisé le chemin d'un bar ouvert. Il en avait autant besoin que moi. Son débit trop rapide, ses joues rouges, son ton précipité. Je me sentais mal à marcher dans les rues. L'air m'étouffait, les trottoirs étaient trop étroits. Rentrer dans un endroit confiné ne fut pas beaucoup plus agréable.


Trop de lumières, trop de musiques, de voix. Je tanguais un peu, perché sur le tabouret du bar, alors que je n'avais pas encore bu une goutte d'alcool. Je me tenais au rebord de la table, puis les premiers verres sont apparus. Mon ami (il a tendu la main au barman avec sa bonhomie habituelle et lui a prié appelle-moi Marc, mon vieux) commandait pour moi, me faisant glisser les verres vers moi d'une main, descendant les siens de l'autre. Peu à peu, Marc a abandonné la conversation pour se contenter de boire jusqu'à plus soif, les yeux brillant d'une tristesse que je ne connaissais que trop bien. De quoi avions-nous l'air, lui et moi ? Deux silhouettes côtes à côtes, assis l'échine courbée, les yeux au fond de nos verres, sans un mot.


J'ai très vite perdu le compte des verres, mais ne m'arrêtai pas de les boire. Peu à peu, je sentais mes doigts s'engourdirent et mes yeux peser lourd. Je tanguais sur ma chaise : gauche, droite, gauche... Les bruits extérieurs ont disparus, si bien qu'à la fin je n'entendais plus que le vrombissement agréable de la climatisation. Même les cris des supportaires de foot, qui fixaient la télé juste au-dessus de nos têtes, ne m'atteignaient plus.
Très peu de souvenirs me restent de cette nuit-là. Une vague sensation désagréable en bouche, beaucoup trop d'alcool, les néons et les flashs colorés. Ce que nous avons fait dans le bar, plus aucune idée. Un trou noir, jusqu'au moment où - ça je m'en souviens - nous étions assis sur le trottoir, contre une façade. Il ne faisait pas encore jour, Marc ronflait, allongé sur moi qui fixait le ciel au point de m'aveugler.


J'avais la pire gueule de bois de toute ma vie. Il me fallait me concentrer de toutes mes forces pour rester conscient. Je n'avais rien à vomir, mais le mal de tête que je me tapais aurait pu assommer un taureau. Le visage rejeté en arrière, j'observais en détail le soleil levant. Il faisait de moins en moins froid, j'étais loin de chez moi et l'appartement me manquait terriblement. Vague souvenir d'avoir pris le métro hier. Mais peut-être ais-je rêvé.


Je ne saurais dire combien de temps nous sommes restés assis là ; en tout cas, quand nous nous levâmes, l'aurore était à son apogée et les braves citoyens sortaient de chez eux pour accomplir leur rude journée de labeur productif. Rien ne m'atteignait. J'étais enfermé dans ma douleur, et cette escapade alcoolisée n'y changerait rien. Comme ça faisait des jours et des jours que c'était de la sorte, j'étais persuadé que ce serait pareil jusqu'à la fin de ma vie. Ce n'était pas imaginable autrement.


Nous avons ensuite pris le métro jusqu'à vers chez moi. Le plus difficile était derrière nous, à tenter de se repérer sur les plans de la ville. Nous n'étions pas très loin de la mairie et après une dizaine de minutes de voyage, où je devais me tenir à la barre pour ne pas tomber avec Marc qui maintenait ses doigts fort contre ses tempes et les travailleurs matinaux qui nous regardaient comme si nous symbolisions toute la déchéance de cette nouvelle génération fêtarde et sans travail, nous avons retrouvé les quartiers familiers.


Il a choisi une petite pâtisserie à l'Est de mon appartement. Il m'était presque insupportable de marcher dans les rues si fourmillantes. Les passants m'effleuraient, me poussaient, me pressaient sans cesse à renfort de "Pardon" et d'"Excusez-moi". Marc semblait aussi mal en point que moi et je n'étais pas certain qu'une boulangerie soit le meilleur endroit au monde pour accueillir deux jeunes hommes encore copieusement ivres.


Néanmoins, nous sommes rentrés. La clochette annonça notre arrivée et nous fûmes aussitôt charmés par le délicieux fumet de pain chaud et de chocolat fondu. Une radio débitait la fréquence d'une émission matinale débile. "Très bien Martine, et maintenant nommez moi trois états des États-Unis pour avoir la chance de repartir avec la somme exceptionnelle de mille euros !" Nous nous sommes installés à une table dans le fond. La lumière agressait mes pupilles sensibles tout comme une telle proximité avec d'autres êtres vivants attaquait mes nerfs.


Marc est allé commander. Silencieux et absent, il est revenu avec deux cafés et une baguette de pain.


- Je me suis dit que ça te ferait plaisir de manger quelque chose de chaud. 


L'intention me toucha. Lassé de touiller mon café brûlant, mourant de faim, j'ai attaqué le pain presque en ronronnant de bonheur. Marc, pour une fois, ne tentait pas de faire la conversation. Il restait fermé, fixant l'intérieur de sa tasse en carton biodégradable, sans toucher au pain. Lentement, quelques souvenirs me revenaient. Cette année passée à la fac avec lui. Des éléments insignifiants coulaient des tuyaux bouchés de ma mémoire. Ce déjeuner précipité sur l'herbe du campus que nous avions dévorés comme des animaux, un peu dans le même contexte que ce chaotique jour de juillet.


- En ce beau jour ensoleillé, avez-vous prévu d'aller au feu d'artifice, Martine ?


- Écoutez, Gérard, disons que quand les enfants décident d'y aller on ne peut pas refuser !


- Oui, c'est tout de même la fête nationale, n'est-ce pas, Martine ? disait le commentateur radio.

___________________/_/_/
"Where does it ever say, anywhere, that only bad can come from bad actions? Maybe sometimes— the wrong way is the right way? You can take the wrong path and it still comes out where you want to be?

As long as I am acting out of love, I feel I am doing best I know how."


- The Goldfinch by Donna Tartt
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:50    Sujet du message: Evy's Away

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